Arménie, des bébés in vitro pour remplacer les soldats tombés au combat

Face à une crise démographique grandissante et aux pertes humaines subies lors du conflit contre l’Azerbaïdjan en 2020, l’Arménie a mis en place un programme inédit : aider les familles endeuillées à concevoir de nouveaux enfants grâce à la fécondation in vitro (FIV). Une politique nataliste qui mêle enjeux démographiques et considérations nationalistes.

Une réponse à une crise démographique profonde

Depuis des décennies, l’Arménie fait face à un déclin démographique alarmant. Avec une forte émigration, un taux de fécondité faible et une prévalence élevée de l’infertilité, le pays a perdu 300 000 habitants en vingt ans et pourrait en perdre 800 000 de plus d’ici 2035. Conscient du risque, le Premier ministre Nikol Pashinyan a fixé dès 2019 un objectif ambitieux : atteindre 5 millions d’habitants d’ici 2050.

Pour y parvenir, son gouvernement a progressivement renforcé les aides à la fertilité. Aujourd’hui, l’État finance des FIV jusqu’à l’âge de 53 ans pour les mères ayant perdu un fils lors de la guerre de 44 jours contre l’Azerbaïdjan. Dans certains cas, des mères porteuses sont également rémunérées pour permettre à ces familles de donner naissance à un nouvel enfant.

Un programme qui suscite des réactions contrastées

Depuis son lancement, cette initiative a permis la naissance d’une centaine de bébés. Pour les familles touchées par le deuil, ces enfants sont souvent perçus comme une source d’espoir. Lernik, père d’un enfant né grâce à ce programme, confie : « Ce bébé donne un nouveau sens à notre vie. Et plus d’enfants, cela veut dire plus de soldats, donc plus de protecteurs pour la patrie. »

Toutefois, cette approche suscite des critiques. Certains dénoncent une instrumentalisation des naissances à des fins militaires, pointant du doigt une politique nataliste avant tout tournée vers la défense nationale. Les autorités ont en effet, dans un premier temps, favorisé les familles de militaires ainsi que les couples vivant dans des zones frontalières.

Entre devoir de mémoire et nécessité de survie

L’Arménie se trouve à un carrefour entre mémoire et survie. D’un côté, ce programme incarne la volonté de surmonter le traumatisme de la guerre et d’assurer l’avenir de la nation. De l’autre, il révèle une stratégie démographique centrée sur la résilience face aux menaces extérieures, notamment les ambitions persistantes de l’Azerbaïdjan sur le territoire arménien.

Si cette politique nataliste semble répondre à une urgence démographique, elle soulève aussi des questions éthiques et identitaires. L’Arménie cherche-t-elle à repeupler son territoire ou à renforcer sa capacité militaire pour les générations futures ? Une chose est certaine : ces naissances in vitro sont bien plus qu’une simple réponse médicale, elles incarnent l’espoir d’une nation en quête de renouveau.

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