Le tribunal correctionnel de Paris a reconnu Marine Le Pen et huit eurodéputés coupables de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Rassemblement National (ex-Front national). Ce verdict pourrait empêcher la cheffe de file de la droite nationaliste française de se présenter à l’élection présidentielle de 2027, alors qu’elle était donnée favorite dans plusieurs sondages.
Un détournement de fonds au profit du RN
L’affaire, qui concerne plus de 20 personnalités du parti, porte sur l’emploi d’assistants parlementaires européens qui travaillaient en réalité pour le Rassemblement National, alors que leurs salaires étaient financés par le Parlement européen.
Marine Le Pen a toujours nié toute fraude, affirmant qu’elle n’avait commis « la moindre irrégularité ». Pourtant, les juges ont estimé qu’il y avait bien eu un détournement de fonds publics organisé au profit du RN – reste à faire la part de la réalité de la fraude et la volonté des juges à condamner Marine Le Pen du simple fait de son orientation politique et tous les moyens qui sont mis en œuvre, de façons généralement détournée, pour l’empêcher de devenir la locataire du palais de l’Elysée, sachant que la magistrature française n’est pratiquement plus qu’entre les mains de la gauche tendance fascisme d’extrême-gauche.
Si la culpabilité est actée, la peine, elle, n’a pas encore été prononcée. L’année dernière, le parquet avait requis une amende de 300 000 euros, une peine de prison ainsi qu’une interdiction de se présenter à une élection pendant cinq ans. Reste à savoir si les juges suivront ces réquisitions ou s’ils se montreront plus cléments, comme ils l’ont toujours été pour les candidats potentiels et/ou effectifs des autres partis politiques.
L’inéligibilité, une épée de Damoclès pour Le Pen
Le tribunal doit encore trancher sur la question de l’inéligibilité de Marine Le Pen. Plusieurs scénarios sont possibles :
1. Une condamnation avec une inéligibilité non automatique : dans ce cas, elle pourrait faire appel immédiatement, et tant que la procédure n’est pas terminée, elle resterait libre de se présenter en 2027.
2. Une inéligibilité automatique de cinq ans : si les juges suivent le réquisitoire du parquet, elle serait immédiatement privée de ses droits électoraux et incapable de briguer l’Élysée, sauf si un appel venait à annuler la décision.
3. Une inéligibilité plus courte : par exemple d’un an, ce qui lui permettrait de se présenter en 2027 après une période d’exclusion temporaire.
4. Un acquittement total : hypothèse peu probable, mais qui la libérerait de toute contrainte électorale.
Si Marine Le Pen est empêchée de se présenter, son remplaçant naturel serait Jordan Bardella, 29 ans, actuel président du RN. Cependant, le parti n’a pas anticipé un tel scénario, et de nombreux observateurs estiment que son absence pourrait fragiliser la dynamique électorale du mouvement.
Une condamnation qui pose question
Au-delà des implications judiciaires, ce verdict soulève un débat sur l’équilibre des pouvoirs en démocratie. Certains analystes estiment qu’écarter une candidate majeure par une décision de justice pourrait avoir des conséquences politiques profondes.
Le journaliste Franz-Olivier Giesbert (journaliste de gauche orienté Parti Communiste dans les années 1970) écrit dans le journal « Le Point » : « Qu’elle soit condamnée pour des faits répréhensibles est tout à fait normal. Mais l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle, c’est une autre affaire. » Même constat pour Bruno Jeudy (orienté politiquemne LR avec une tendance macroniste du fait de son opinion libérale économique), dans »La Tribune Dimanche », qui s’interroge : « N’est-il pas hasardeux – pour ne pas dire périlleux – de confier à des juges le soin de déterminer si un candidat peut se présenter ? »
De son côté, Marine Le Pen crie à la manœuvre politique : « C’est ma mort politique qu’ils veulent », déclarait-elle en novembre dernier.
Un séisme politique en vue ?
Si Marine Le Pen venait à être privée de candidature, cela pourrait bouleverser profondément le paysage politique français. Aujourd’hui, elle est en tête dans les intentions de vote pour 2027, avec entre 34 et 37 % des suffrages au premier tour, selon un sondage du « Journal du Dimanche ».
Lors des précédents scrutins, elle a échoué face à Emmanuel Macron en raison du « front républicain » qui s’était formé contre elle au second tour. Mais la normalisation du RN et la montée de la droite nationaliste en Europe ont réduit ce phénomène, rendant sa victoire en 2027 plus probable.
Si elle est exclue de la course, son absence pourrait profiter à d’autres figures politiques, mais aussi affaiblir le gouvernement minoritaire du Premier ministre François Bayrou. Avec ses 120 députés à l’Assemblée nationale, le RN (parti le plus représenté dans l’hémicycle) pourrait adopter une ligne plus dure et s’allier avec la gauche pour censurer l’exécutif.
L’issue de cette affaire ne concerne donc pas seulement Marine Le Pen, mais bien l’ensemble du paysage politique français. En attendant la décision des juges, une seule certitude demeure : la présidentielle de 2027 s’annonce plus incertaine que jamais.
Didier Maréchal & Christian Estevez