Jean-Luc Mélenchon, dirigeant à vie du parti d’extrême-gauche « La France Insoumise », est accusé par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) d’avoir détourné des fonds européens pour financer ses activités politiques en France entre 2013 et 2017. Selon un rapport confidentiel, l’ancien eurodéputé aurait employé des assistants parlementaires pour des tâches liées à son mouvement politique national, causant un préjudice estimé à plus de 500 000 euros pour le Parlement européen.
Une enquête ouverte depuis 2017
L’enquête sur Jean-Luc Mélenchon a été lancée en 2017 par l’OLAF. L’institution européenne soupçonne l’ex-député européen d’avoir utilisé deux de ses assistants parlementaires, Juliette Prados et Laurent Maffeïs, pour des missions politiques en France, alors qu’ils étaient censés travailler au sein du Parlement européen.
Un rapport de l’OLAF, daté du 3 mars 2021 et révélé par Libération, détaille les « manquements » et les « irrégularités » dans leurs conditions d’emploi. Le document évoque des détournements de fonds publics et des abus qui pourraient donner lieu à des poursuites judiciaires.
Des collaborateurs basés à Paris et non déclarés à Bruxelles
L’enquête met en lumière des pratiques contraires aux règles européennes. Les assistants parlementaires de Mélenchon, censés être basés à Bruxelles ou à Strasbourg, résidaient en région parisienne et travaillaient principalement pour La France insoumise. L’OLAF note qu’ils « n’utilisaient jamais leur messagerie du Parlement, mais celle du Parti de gauche ou des adresses Gmail », tout en percevant une indemnité de dépaysement.
Lors d’un interrogatoire en 2020, Mélenchon a admis : « Nous ne voulions pas abuser de la générosité du Parlement européen et je suppose que cela a été payé avec l’enveloppe ‘frais de mission’. » Il a également déclaré ne pas être au courant des règles précises encadrant ces missions.
Les enquêteurs estiment que les assistants travaillaient essentiellement pour le chef de parti plutôt que pour l’eurodéputé. Ils évoquent un « désintérêt assumé » des règles de l’UE et envisagent des qualifications pénales telles que « détournement de fonds publics », « abus de confiance » et « recel ».
Une instruction judiciaire française en suspens
Si l’enquête de l’OLAF a avancé, la procédure judiciaire en France stagne. Ouverte en 2018, elle n’a pas encore conduit à l’audition de Jean-Luc Mélenchon par la juge d’instruction. Deux anciens collaborateurs ont été placés sous le statut de témoin assisté, mais aucune mise en examen n’a encore été prononcée.
L’avocate de Mélenchon, Jade Dousselin, conteste toute irrégularité et assure que « l’instruction est à l’arrêt depuis deux ans ». Selon elle, les assistants parlementaires ont fourni la preuve de leur travail au Parlement européen pendant la période concernée.
Une affaire qui fragilise La France insoumise
Cette affaire intervient dans un contexte délicat pour La France insoumise, qui s’affiche comme un mouvement « irréprochable » face aux scandales judiciaires de ses adversaires. La situation rappelle notamment l’affaire des assistants parlementaires du Rassemblement national, pour laquelle Marine Le Pen pourrait être déclarée inéligible.
En novembre dernier, Mélenchon déclarait au sujet du RN : « Contrairement au RN, nous sommes contre les peines automatiques. […] Toute peine doit pouvoir être placée en recours. » Pourtant, les similitudes entre les deux affaires posent désormais la question d’une éventuelle demande de remboursement des fonds par l’UE.
Si Jean-Luc Mélenchon n’est pas encore mis en examen, cette enquête pourrait entacher son image à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Avant toute décision, il devra être convoqué par la juge d’instruction et faire face aux réquisitions du parquet.