Japon : menace de mort contre une élue pour avoir proposé des protections menstruelles gratuites, un révélateur de tensions culturelles persistantes

Ce 5 avril 2025, un article de la presse nipponne relayé internationalement a mis en lumière une affaire préoccupante au Japon : Ayaka Yoshida, élue de 27 ans à l’Assemblée préfectorale de Mie, a été la cible de plus de 8 000 messages de haine, dont des menaces de mort, après avoir proposé l’installation de protections périodiques gratuites dans les toilettes publiques. L’affaire, qui aurait pu rester locale, révèle des crispations sociales profondes et soulève des questions universelles liées à la santé publique, à la condition des femmes, et à la liberté d’expression en démocratie.

C’est sur le réseau social X (anciennement Twitter) qu’Ayaka Yoshida a formulé sa proposition. Elle suggérait, dans un message sobre, de faciliter l’accès aux protections hygiéniques pour les femmes, notamment dans les lieux publics, comme le font déjà certaines municipalités dans le monde. En retour, elle a reçu une avalanche de messages haineux et menaçants, dont certains l’accusaient de « polluer l’espace public » avec des sujets jugés « intimes » voire « indécents ».

Lors d’une conférence de presse le 31 mars, l’élue a dénoncé publiquement ces attaques, affirmant vivre désormais dans la peur. Elle a également rappelé le caractère universel et banal des menstruations, ainsi que la nécessité de normaliser ce sujet de santé, encore largement tabou dans de nombreuses sociétés, dont la sienne.

Si le Japon est perçu comme un pays technologiquement avancé, il reste conservateur sur plusieurs sujets de société, notamment ceux touchant à la condition féminine. Le congé menstruel, inscrit dans la législation depuis 1947, est très peu utilisé (moins de 1 % des femmes en 2020 selon les chiffres gouvernementaux), tant les stigmatisations restent vives.

Plus globalement, la faible représentation des femmes dans la sphère politique (moins de 10 % des sièges à la Diète nationale) et les réactions disproportionnées à des propositions modérées comme celle de Yoshida soulignent un malaise structurel. En s’attaquant à une question d’hygiène élémentaire, la jeune élue a mis le doigt sur une forme de résistance culturelle, où la visibilité du corps féminin dans l’espace public continue d’être problématisée.

Ce que vit Ayaka Yoshida au Japon n’est pas isolé. Partout dans le monde, la question des règles demeure politiquement sensible. En France, des distributeurs de protections hygiéniques ont été installés dans certains établissements scolaires et universitaires, après des années de mobilisation. En Écosse, la gratuité est désormais garantie par la loi. L’UNICEF rappelle que des millions de femmes et filles dans le monde n’ont pas accès à des produits menstruels adéquats, ce qui nuit à leur santé, à leur éducation et à leur dignité.

L’écho international donné à cette affaire japonaise tient aussi à cela : il s’agit moins d’un débat local que d’un indicateur du chemin qu’il reste à parcourir pour que les menstruations ne soient plus un facteur de honte ou d’exclusion.

L’affaire Yoshida interpelle enfin sur la manière dont certaines sociétés réagissent à ce qu’elles perçoivent comme une occidentalisation des mœurs ou un bouleversement de leur ordre traditionnel. Pour certains internautes japonais, la simple évocation des menstruations dans l’espace public est une intrusion de valeurs jugées étrangères dans un cadre social codifié. Il ne s’agit donc pas seulement de misogynie, mais d’un conflit entre aspirations progressistes et défenses identitaires.

Cette tension n’est pas propre au Japon. Elle traverse de nombreuses sociétés contemporaines, y compris en Europe ou en Afrique, où les débats sur l’éducation sexuelle, les droits reproductifs ou la visibilité des corps féminins soulèvent régulièrement des polémiques.

À travers cette affaire, le Japon donne un exemple éloquent des résistances que rencontrent certaines évolutions sociales, même lorsqu’elles relèvent de considérations sanitaires élémentaires. En subissant une campagne de harcèlement pour avoir simplement évoqué les règles, Ayaka Yoshida n’a pas seulement révélé un tabou. Elle a posé une question politique de fond : dans quelle mesure une démocratie peut-elle ignorer les besoins de la moitié de sa population sans remettre en cause sa propre légitimité ?

La Boussole – infos, fidèle à sa mission d’observation rigoureuse des réalités mondiales, continuera de suivre ces signaux faibles qui disent, mieux que de longs discours, l’état de santé d’une société.

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