Dette haïtienne : 200 ans plus tard, la question des réparations toujours sur la table

Cent cinquante millions de francs-or, tel fut le prix de la liberté pour Haïti de la reconnaissance de la France à une époque où la jeune et première république noire était boudée. Une dette qui a embarqué le pays dans une spirale de difficultés aux effets encore tangibles aujourd’hui.

Double dette

Le montant, «colossal», est à rembourser en cinq traites. La première tranche de 30 millions de francs-or est à l’époque, six fois supérieure aux ressources haïtiennes. Pour s’acquitter du montant, le pays se retrouve contraint d’emprunter à des banques françaises, réglant intérêts et commissions jusque dans les années 1950.

Au total, Haïti aurait versé 560 millions de dollars actuels, selon les calculs du «New York Times», dans une enquête publiée en 2022. Un frein au développement, dès la naissance de la jeune République, correspondant à un préjudice d’au moins 21 milliards de dollars, selon plusieurs économistes.

Plus du concret que des symboles

Deux siècles plus tard, les attentes des Haïtiens envers la France sont grandes. Le pays traverse aujourd’hui une grave crise économique et sécuritaire. Les gangs contrôlent 85% de la capitale, Port-au-Prince.

Deux résolutions sont portées en France à l’Assemblée Nationale. L’une pour des «relations apaisées» et «la reconnaissance d’une histoire commune» entre les deux pays, proposée par le partie d’extrême-gauche « La France Insoumise ». Gabrielle Cathala, députée LFI, dont la résolution invite le gouvernement français à «renforcer la coopération», en particulier sur le plan sécuritaire, appelle aussi à reconnaître « les crimes contre l’humanité» commis en Haïti.

Une autre résolution, portée par les députés communistes et des outre-mer, prône la «réparation» et le «remboursement» de la dette. Marcellin Nadeau, député de la Martinique, a indiqué qu’il «faut certes des symboles, mais aussi des mesures concrètes », afin de « permettre au peuple haïtien de sortir de cette situation au plutôt».

Indemnisation et réparation

L’ancien chef d’État haïtien, Leslie Voltaire, avait assuré avoir évoqué la question d’une «restitution» lors de sa rencontre en janvier dernier avec le président Macron. Un terme pas mentionné dans le communiqué de presse de l’Élisée à l’issue de cette rencontre.

Jeudi 17 avril, Emmanuel Macron a, pour la première fois, reconnu que la mesure exigée par Paris était «injuste» et annoncé la création d’une commission pour en «examiner les impacts». Des mots « forts mais qui doivent dépasser le cadre historique», a réagi, le maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, qui, avec ses homologues de Nantes et La Rochelle, villes au lourd passé esclavagiste, avaient appelé le chef d’État français à «reconnaître» les responsabilités de la France.

Sur place, à Port-au-Prince, le discours de Monsieur Macron à l’occasion des 200 ans de la dette de l’indépendance a suscité des réactions mitigées. Pour certains, lareconnaissance par la France de l’injustice que constitue la rançon versée par Haïti en 1825 en reconnaissance de sa liberté est un pas dans une bonne direction. Pour d’autres, cela ne suffit pas et ils demandent un dédommagement. Même réserve, exprimée par le comité national haïtien des réparations et restitution de l’Université d’État d’Haïti, dans une note publiée ce jeudi 17 avril, il affirme que le président Macron a fait « un pas dans la bonne direction, mais un très petit pas ».

Prudence donc au lendemain de la déclaration présidentielle, d’autant qu’Emmanuel Macron n’a fixé ni calendrier ni engagement à suivre les recommandations que rédigera la commission.

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