Tensions Pakistan – Afghanistan : Une vague d’expulsion force plus de 100 000 afghans à quitter le Pakistan en trois semaines

Plus de 100 000 afghans ont quitté le Pakistan dans le cadre d’une «campagne d’expulsion massive » organisée depuis le 1er Avril. Islamabad les accuse d’être « liés au terrorisme et au narcotrafic »

Désormais, chaque jour, des convois de familles afghanes juchées avec leurs ballots faits à la hâte sur des camions, franchissent les deux postes-frontaliers entre le Pakistan et l’Afghanistan. Le Haut- Commissariat des Nations-Unies (HCR) affirme que « 58% » d’entre eux sont des enfants ».

Islamabad, qui voit les violences exploser dans ses régions frontalières avec l’Afghanistan, accusent les trois millions d’afghans vivant sur son sol d’être « liés au terrorisme et au narcotrafic ». Tard mardi, 15 avril, le groupe État islamique (Daech/Isis) a encore revendiqué une attaque qui a tué trois policiers pakistanais au Baloutchisan, dans le sud-ouest du pays . Les violences se multiplient aussi à l’ouest du Pakistan, à la frontière avec l’Afghanistan.

Depuis le début de l’année, pas moins 200 personnes ont été tuées par des groupes armés qui veulent renverser l’État et imposer la charia (loi islamique). Que ce soit l’État islamique ou bien les talibans pakistanais du Tehreek-e- Taliman (TTP), ces mouvements s’attaquent en priorité aux forces de l’ordre, symboles de l’État. L’année dernière a été la plus meurtrière en dix ans, avec plus de 1 600 morts. En rétorsion, Islamabad a annulé, en début du mois, « les 800 000 cartes » de résidence distribuées à des afghans, créé en 2017 afin de régulariser leur situation.

Ce n’est pas la première fois que les autorités pakistanaises organisent une telle initiative. À la fin de 2023, quelque 800 000 afghans étaient rentrés dans leur pays d’origine. Cette nouvelle campagne est vue d’un bon œil et bénéficie d’un large soutien de la population pakistanaise.

Kaboul, dont le gouvernement taliban n’est reconnu par aucun pays, se dit «préoccupé» et «déçu» par ces expulsions et « accuse » son voisin d’utiliser les migrants à « des fins politiques ». Samedi 19 avril, le premier ministre taliban, Mohammad Hassan Akhund, a fustigé « les mesures unilatérales » des autorités pakistanaise et a appelé le chef de la diplomatie pakistanais, Ishaq Dar, qu’il recevait à Kaboul, à « faciliter un retour digne des réfugiés afghans».

Militants et immigrants, quand à eux, accusent les autorités d’Islamabad d’arrestations arbitraires, de racket et de harcèlement à l’endroit des afghans.

En Afghanistan, ces immigrants de retour ne trouveront que marasme économique et pauvreté galopante, ne cessent de répéter les organisations non gouvernementales locales. Car si les violences ont quasi disparu depuis le retour au pouvoir des taliban à l’été 2021, plus de la moitié de la population a besoin «d’aide humanitaire pour survivre», expliquent-elles.

Installés au Pakistan depuis les générations

« Nous n’avons jamais pensé que nous retournerions en Afghanistan. Quand nos parents nous ont dit qu’il fallait partir, nous avons pleuré», a confié à l’AFP, une adolescente qui vit avec six membres de sa famille, sous la chaleur écrasante d’une tente du camp d’Omari, à Torkham, l’un des deux postes-frontaliers entre les deux paysNée au Pakistan, où ses grands parents se sont installés dans les années 1960, Nazmine, pour sa part, redoute « d’être humilié par la police ainsi que sa famille», donc « on rentre en Afghanistan par ce qu’on n’a vraiment aucun choix », a-t-elle confié à l’AFP.

Parmi les afghans présents au Pakistan, des milliers ont quitté leur pays à la demande d’ambassades qui se sont retirées de Kaboul à la prise de pouvoir des taliban et délivrent leurs visas à Islamabad, notamment.

Selon l’ONU, 85% des afghans vivent avec moins d’un dollar états-unien par jour. Les autorités talibanes assurent préparer des villes dédiées aux réfugiés, notamment une dans la province de Nangarhar, située à l’Est du pays. Mais, selon plusieurs sources à Kaboul, ses villes consistent pour l’heure en une « piste tracée au milieu d’un désert de cailloux».

Le Pakistan, qui menace de poursuivre sa politique « d’expulsion massive» des afghans, a prévu de réévaluer d’ici le 30 juin, la situation des plus de 1,3 millions d’afghans, porteurs de carte du Haut commissariat aux réfugiés. Le ministère de l’Intérieur pakistanais à indiqué, ce mardi 22 avril, que « 100 529 afghans » ont « déjà quitté le pays » depuis le 1er avril dernier.

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