Renouveler le mandat du Premier ministre socialiste Edil Rama ou faire revenir au pouvoir le chef historique de la droite et ex- premier ministre, Sali Berisha, voilà l’équation que devront resoudre les albanais lors des consultations de ce dimanche 11 mai.
Les albanais votent dimanche lors des élections législatives présentées comme cruciales. Le rendez-vous permettra outre d’évaluer la maturité démocratique du pays, mais surtout de déterminer son avenir européen. Un rêve qui fait l’unanimité auprès des populations qui devront choisir entre le Premier ministre sortant Edil Rama et son farouche opposant et meneur d’une alliance d’opposants, Sali Berisha.
Réputé autoritaire et ambitieux, Edil Rama, 60 ans , chef du parti socialiste depuis 2005, est candidat à un quatrième mandat pour »garantir l’entrée de l’Albanie dans l’Union européenne d’ici 2030″ et « donner aux Albanais un passeport européen qui leur permettra de bénéficier des mêmes droits que les citoyens de tous les autres pays européens ». Il lui est souvent reproché par l’opposition des liens avec le crime organisé. En réponse, il se dit prêt à » se retirer de la vie politique si quiconque arrive à établir ses liens avec la corruption ou les milieux criminels ».
Expert de réseaux sociaux sur lesquels, il poste indifféremment des images privées et des photos de ses rencontres avec d’autres chefs d’État, EDI Rama parle parfaitement l’anglais, l’italien, le français.
Sali Berisha, l’adversaire
L’ancien président Sali Berisha, 80 ans, symbole de la chute du communisme, espère revenir au pouvoir à la faveur des législatives de dimanche, après douze longues années dans l’opposition. Pour gagner, il promet à l’instar du président états-uniens Donald Trump « la Great Albanie »( la grande Albanie), un programme qui repose sur la relance économique du pays.
Au poste de Premier ministre de 2005 à 2013, Sali Berisha décide de reprendre en 2022 de se retirer de la tête du parti démocratique(conservateur) qu’il avait créé pour en donner la direction à son fidèle, Lulzim Basha, avec qui il s’est ensuite brouillé.
C’est en 2022 qu’il décide de reprendre la tête de l’opposition de droite en s’alliant avec plus d’une vingtaine d’autres partis espérant parvenir ensemble à chasser Edi Rama au pouvoir. Interdit d’entrée aux États-Unis et en Grande Bretagne depuis 2021, en raison de son implication présumée dans le crime organisé et la corruption, Sali Berisha est aussi poursuivi en Albanie pour » corruption passive d’un haut fonctionnaire »
Peu avant la clôture d’un campagne émaillée d’outrances verbales, en particulier sur les réseaux sociaux, les derniers sondages publiés dans des médias donnaient les socialistes d’Edi Rama vainqueur, et l’OSCE/ODHIR évoquait dans un rapport une » polarisation politique extrême » dans ce pays de 2, 8 millions d’habitants.
La justice en embuscade
C’est l’invitée surprise de la campagne, la justice albanaise a lancé des multiples enquêtes ces derniers mois qui pourraient peser sur le scrutin. Le parquet spécial contre la corruption et le crime organisé (SPAK) a ouvert en 2024 des enquêtes contre 33 anciens hauts fonctionnaires dont d’anciens ministres, des députés ou des élus locaux, selon le chef du SPAK, Altin Dumani.
Parmi eux, l’ancien Premier ministre et ancien président Ilir Meta, leader du parti de la Liberté, allié de Sali Berisha et figurant sur la liste des candidats de » Great Albania ». Mais aussi le maire de Tirana, Erjon Veliaj un ancien bras droit d’Edi Rama, soupçonné de corruption. Tous deux attendent des élections depuis une cellule.
Selon les derniers sondages, cette offensive de la justice est soutenue par une grande majorité des Albanais, qui saluent le travail du SPAK, créé en décembre 2019 dans le cadre d’une réforme de la justice visant à mettre fin à l’impunité, à renforcer l’état de droit et aider l’adhésion du pays à l’Union Européenne. Le bon déroulement du processus électoral est essentiel pour l’Albanie qui entend prouver sa maturité politique une semaine avant le Sommet de la Communauté politique européenne organisée à Tirana.