Vatican : le Pape explique aux cardinaux pourquoi il a choisi le nom de Léon XIV et révèle son programme et sa méthode de travail

Moins de deux jours après son élection, le nouveau pontife romain, Léon XIV, a réuni ses cardinaux au Vatican lors d’une audience à huis clos. Un moment décisif où le pape a révélé, dans un discours partiellement improvisé, les raisons du choix de son nom, les fondements de son programme de pontificat et sa méthode de gouvernance.

Contrairement à la rencontre de 2013 sous le pape François, diffusée en direct, Léon XIV a préféré la confidentialité. Ce n’est que trois heures après le début de la réunion que le Vatican a publié le texte de son intervention.

Un nom inspiré par la justice sociale

Dans une déclaration forte de sens, Léon XIV a expliqué que son choix de nom s’enracine dans la figure du pape Léon XIII, auteur de l’encyclique Rerum novarum (1891), fondement de la doctrine sociale de l’Église.

« Principalement parce que le Pape Léon XIII, avec l’encyclique historique Rerum novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle ; et aujourd’hui, l’Église offre à tous, son héritage de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l’intelligence artificielle. »

Cette référence souligne la volonté du nouveau pape d’inscrire son action dans une tradition de justice, de dignité humaine et de réponse aux mutations économiques et technologiques de notre époque.

Une gouvernance synodale : écouter les cardinaux

Autre nouveauté majeure de cette rencontre : le style de gouvernement. Léon XIV ne se veut pas un souverain solitaire, mais un pasteur collégial. Il a ouvert un espace de dialogue libre avec ses cardinaux, rompant avec le seul protocole du discours suivi de salutations.

« Ensuite, il y aura une deuxième partie, un peu comme l’expérience que beaucoup d’entre vous ont demandée, une sorte de partage avec le Collège cardinalice afin de pouvoir entendre quels conseils, suggestions, propositions, des choses très concrètes. »

Ce moment a été précédé d’une prière en latin — Pater Noster et Ave Maria — pour confier cette mission à Dieu et rappeler l’ancrage spirituel de leur service.

Une charge portée dans l’humilité et la confiance

Conscient du poids qui repose désormais sur ses épaules, Léon XIV a affirmé ne pas pouvoir assumer seul cette responsabilité :

« Vous êtes, chers cardinaux, les plus proches collaborateurs du pape, et c’est pour moi un grand réconfort dans l’acceptation d’un fardeau qui est manifestement bien au-delà de mes forces. »

Il s’est inscrit dans la continuité spirituelle de ses prédécesseurs, saluant particulièrement la figure du pape François et son style de « dévouement total, de sobriété, de confiance en Dieu ». Il a néanmoins laissé entendre son intention de réintégrer les appartements pontificaux, marquant un choix personnel de style de vie différent.

Il a comparé les événements récents — le départ du pape François et le conclave — à un événement pascal, une « résurrection » de l’Église dans l’espérance.

« Le pape, depuis saint Pierre jusqu’à moi, son indigne successeur, est un humble serviteur de Dieu et de ses frères, et rien d’autre. »

Une Église portée par le souffle de l’Esprit

Léon XIV a livré une méditation sur la présence discrète mais puissante du Ressuscité, appelant l’Église à écouter « le murmure d’une brise légère » plutôt que « le fracas du tonnerre ».

« Il s’agit de former le peuple de Dieu à cette rencontre importante, à ne pas manquer, à laquelle il faut éduquer et accompagner tout le saint peuple de Dieu qui nous est confié. »

Il a aussi salué la beauté de la communauté catholique dans sa diversité unie au Christ :

« Nous avons vu quelle est la véritable grandeur de l’Église, qui vit dans la diversité de ses membres unis à l’unique Tête, le Christ. »

Une Église missionnaire, fidèle au Concile Vatican II

Au cœur de son discours, le pape Léon XIV a renouvelé son adhésion au Concile Vatican II, affirmant vouloir marcher dans sa continuité. Il a cité comme base d’inspiration l’exhortation apostolique La joie de l’Évangile de François, et a énuméré les axes clés de son pontificat :
•la primauté du Christ dans l’annonce,
•la conversion missionnaire des communautés chrétiennes,
•une Église synodale et collégiale,
•l’écoute du sensus fidei du peuple de Dieu,
•la piété populaire comme forme authentique de foi,
•l’option préférentielle pour les pauvres et les marginalisés,
•le dialogue confiant avec le monde contemporain.

Pour Léon XIV, il s’agit de valeurs évangéliques intemporelles, enracinées dans la tradition mais ouvertes au monde.

« Ce sont des valeurs à travers lesquelles le visage miséricordieux du Père continue de se révéler dans le Fils fait homme, espérance ultime de quiconque recherche sincèrement la vérité, la justice, la paix et la fraternité. »

Un appel final à l’unité et à l’engagement

Enfin, Léon XIV a conclu son discours par une citation inspirée de saint Paul VI, datant de juin 1963 :

« Qu’elle passe sur le monde entier comme une grande flamme de foi et d’amour (…) et attire sur l’humanité (…) l’abondance de la divine complaisance. »

Un appel à l’engagement collectif, porté par la prière et la confiance, pour faire rayonner la mission de l’Église dans le monde d’aujourd’hui.

« Que ces sentiments soient aussi les nôtres, pour les traduire en prière et en engagement, avec l’aide du Seigneur. »

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