Mali : Abrogation de la Charte des partis politiques, suspension des activités politiques et dénonciation d’une « stratégie de terreur » par l’opposition

La transition politique au Mali franchit une nouvelle étape controversée. Le président de la transition, le général Assimi Goïta, a promulgué une loi abrogeant la Charte des partis politiques ainsi que le statut de l’opposition politique, après une adoption massive par le Conseil national de Transition (CNT) avec 130 voix pour, 2 contre et aucune abstention. Cette décision s’inscrit dans un climat de forte tension, marqué par la suspension des activités politiques sur tout le territoire et par des actes dénoncés par l’opposition comme relevant d’une véritable « stratégie de terreur ».

Fin d’un cadre juridique vieux de deux décennies

La loi, validée le 30 avril en Conseil des ministres et approuvée lundi 12 mai par le CNT, abroge les textes régissant les partis politiques et l’opposition. Selon Souleymane Dé, président de la Commission des lois du CNT, « ces deux textes ne pourront plus être appliqués à l’avenir ». Il souligne que la Charte des partis politiques (adoptée il y a 20 ans) et le statut de l’opposition (15 ans) sont aujourd’hui obsolètes et inadaptés au contexte actuel.

« Il s’agit de donner au gouvernement les moyens juridiques nécessaires pour rédiger une nouvelle charte, dans des conditions optimales, sans tension », a-t-il ajouté, tout en précisant que cette abrogation « ne signifie pas que les partis sont dissous » et que le multipartisme reste en vigueur au Mali.

Suspension générale des activités politiques

Le lendemain, mercredi 13 mai, le président Assimi Goïta est allé plus loin en décidant la suspension « jusqu’à nouvel ordre » de toutes les activités des partis politiques, des associations et organisations à caractère politique, invoquant des « raisons d’ordre public ». Cette mesure radicale a suscité une vive réaction du Collectif des partis politiques pour la Constitution, qui regroupe une centaine de partis et mouvements maliens. Le collectif a annoncé avoir engagé une procédure judiciaire d’urgence pour faire annuler le décret présidentiel.

L’opposition dénonce une dérive autoritaire

Pour l’opposition, il ne fait aucun doute : les autorités de transition cherchent à museler toute voix dissidente. « C’est un climat délétère, un climat de terreur que les autorités en place sont en train de perpétrer contre une population qui réclame ses droits de liberté et de démocratie », a déclaré Ismaël Sacko, président du parti PSDA et membre de la coalition Jigiya Kura.

Le durcissement du régime s’est également traduit sur le terrain par une série d’enlèvements et de violences. Jeudi dernier, l’ancien député Alhassane Abba, secrétaire général du parti Codem et vice-président de Jigiya Kura, a été enlevé à son domicile à Bamako par la Sécurité d’État. Le même jour, El Bachir Thiam, militant du parti Yelema, a subi le même sort en pleine rue.

Depuis, aucun des deux n’a été localisé, et leurs familles sont sans nouvelles. Deux autres figures politiques, Baïssa Koné (président du VNDA) et Ibrahima Tamega (du parti La Convergence et du Collectif des jeunes pour la démocratie), ont échappé à des tentatives similaires vendredi.

Dans la nuit de vendredi à samedi, Cheick Oumar Doumbia, militant du Collectif des jeunes pour la démocratie, a été agressé au couteau. Il a été légèrement blessé grâce à l’intervention rapide de ses compagnons.

Une transition sous haute tension

Entre abrogation des lois encadrant la vie politique, suspension des activités partisanes, répression ciblée et climat d’intimidation, la transition malienne semble de plus en plus s’éloigner des principes démocratiques. Les opposants appellent à une mobilisation pacifique, tandis que des observateurs internationaux s’inquiètent de la dérive autoritaire que prend le régime de Bamako.

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