Cette langue finno-ougrienne est encore parlée en Lettonie par une vingtaine de personnes dans un pays de 1,8 million d’habitants. Parlée autrefois par les communautés live sur les terres de Courlande et au nord de Riga, les locuteurs sont aujourd’hui dispersés et se mobilisent pour que la langue live ne disparaisse pas (Avec RFI)
La langue »live » parlée aux premières heures par les communautés lives sur les de Courlande et au nord de Riga, la capitale de la Lettonie, ses défenseurs sont à l’œuvre pour qu’elle ne tombe pas dans le silence total.
Objectivement, c’est une langue qui ne devrait plus exister. » Celui qui affirme cela est Valts Ernstreits, directeur de l’institut live au sein de l’université de Lettonie . Descendant d’une famille live, il a appris, adolescent, cette langue avec la sœur de sa grand-mère, chez qui il passait ses étés sur la côte lettone.
Au fil des siècles, le live a subi de nombreuses pressions. Au milieu du XIXe siècle, les Lives sont environ 2 500 et « ils ont été contraints à l’assimilation forcée par les propriétaires terriens allemands », explique à RFI, Valts Ernstreits. Le XXe siècle voit à la fois la renaissance de la langue live, puis sa disparition. « Les années 1920 et 1930 sont un moment très positif pour le live », rappelle Bridget Moran-Nae, jeune doctorante de l’université de Tartu qui étudie le rôle de la musique dans la transmission du live.
Aujourd’hui, si la communauté live n’a plus d’ancrage territorial, la cause revient à l’occupation soviétique de la Lettonie. « La pêche individuelle était interdite », raconte Valts Ernstreits, « tout comme posséder un bateau pour éliminer le risque de fuite ». Les Lives n’ont pas pu remplacer la pêche par l’agriculture. Le long de la côte, les pinèdes sablonneuses ne sont pas propices aux cultures et ils ont donc quitté leur territoire.
Durant l’époque soviétique, le renouveau du live s’amorce. Impossible à l’époque de revendiquer cette appartenance ethnique. Alors, pour contourner l’interdiction, des chorales sont créées. « De fait, le chant ne jouait pas un grand rôle dans ces assemblées, les gens se réunissaient pour parler le live et accessoirement, ils chantaient », raconte Valts Ernstreits qui tient cela de ses parents, tous les deux membres actifs de ces chorales.
En 1999, elle est officiellement reconnue comme langue indigène en Lettonie. En 2018, l’institut live est créé au sein de l’université de Lettonie par un heureux concours de circonstances. Quand Valts Ernstreits rencontre la vice-rectrice de l’université pour trouver un moyen de conserver le matériel qu’il commence accumuler sur le live, elle lui propose tout simplement de créer un institut. « Longtemps, Tartu [en Estonie, NDLR] a été le centre d’études du live. Il était impossible de faire une thèse sur le sujet en Lettonie », rappelle Valts Ernstreits, qui se destinait à des études d’architecture, mais qui a bifurqué pour se consacrer entièrement à cette langue familiale.
En 2023, l’Unesco soutient l’initiative de l’institut de faire de cette année, l’année de l’héritage live. Toutes les communes sont invitées à mettre en avant leur héritage. Ce peut être une plaque, un drapeau composé de trois bandes horizontales verte, blanche et bleue.
Désormais, chaque année, la journée de l’héritage live est célébrée en Lettonie le premier dimanche après l’équinoxe de printemps, journée de réveil des oiseaux. Cette fête est reliée au mythe finnois de la création du monde, né de l’œuf d’un oiseau aquatique. Le jaune s’est transformé en soleil et le blanc a formé le reste du monde. En 2023, un chant en live est intégré au répertoire du Festival des chants, grande célébration de choristes qui a lieu tous les cinq ans.
Le live est une langue fennique, parlée dans la région balte qui se rattache au groupe des langues finno-ougriennes.