Alors que les tensions entre l’Inde et le Pakistan ont une nouvelle fois dégénéré en affrontements armés début mai, New Delhi renforce ses efforts diplomatiques pour convaincre la communauté internationale de la gravité de la menace terroriste dans la région. Dans ce contexte, l’Inde multiplie les rapprochements avec des pays qui, comme elle, ont été durement touchés par l’extrémisme islamiste. L’Algérie, marquée par une décennie noire dans les années 1990, apparaît aujourd’hui comme un modèle de résilience aux yeux de l’Inde.
Une visite parlementaire indienne à Alger en prélude à l’arrivée de Modi
Depuis le 30 mai, une délégation parlementaire indienne séjourne en Algérie pour une visite de quatre jours, dans le cadre du renforcement des relations bilatérales. Conduite par Shri Baijayant Jay Panda, elle comprend également l’ancien ministre des Affaires étrangères Harsh Vardhan Shringla. À l’occasion d’une rencontre avec la presse à l’ambassade d’Inde à Alger, la délégation a annoncé une visite prochaine du Premier ministre Narendra Modi dans la capitale algérienne, signe fort du rapprochement stratégique entre les deux pays.
L’Algérie, un exemple de lutte contre le terrorisme
Pour les responsables indiens, l’expérience algérienne face au terrorisme constitue une source d’inspiration. « L’Algérie est un champion de la lutte antiterroriste et contre l’extrémisme. Nous voulons apprendre de votre expertise », a déclaré Shri Baijayant Jay Panda. Son collègue Harsh Vardhan Shringla a de son côté rappelé les similitudes entre les menaces auxquelles font face l’Inde et l’Algérie. « Le mouvement salafiste que vous avez combattu dans les années 1990 trouve son origine au Pakistan. Nous affrontons aujourd’hui la même idéologie extrémiste », a-t-il affirmé.
La presse indienne, relayant les propos de la délégation, souligne que l’idéologie takfiriste qui a ravagé l’Algérie dans les années 1990 continue de menacer d’autres régions du monde. Cette idéologie, qui autorise le meurtre de coreligionnaires considérés comme apostats, a été à l’origine de massacres perpétrés par le GIA. Le journal The Week rappelle les propos glaçants du chef du GIA, Antar Zouabri : « À l’exception de ceux qui sont avec nous, tous les autres sont des apostats et méritent la mort. »
Le Pakistan dans le viseur
Asaduddin Owaisi, président du principal parti musulman d’Andhra Pradesh (AIMIM), et membre de la délégation indienne, a profité de la visite pour dénoncer le rôle central du Pakistan dans la propagation de cette idéologie. « Il n’y a aucune différence idéologique entre les groupes terroristes qui opèrent à partir du Pakistan et des organisations comme l’État islamique ou Al-Qaïda », a-t-il affirmé à Alger. Selon lui, ces groupes abusent de la religion pour justifier leurs actions, alors que « l’islam interdit de tuer qui que ce soit ».
Il a appelé la communauté internationale à prendre la menace au sérieux : « Ce n’est pas seulement une question d’Asie du Sud. Nous sommes la quatrième économie mondiale. Il est dans l’intérêt de la paix mondiale de contrôler le Pakistan. »
Vers un partenariat stratégique Inde–Algérie ?
Au-delà des convergences sur le plan sécuritaire, cette visite s’inscrit dans une volonté plus large de bâtir un partenariat stratégique entre l’Inde et l’Algérie. Face aux menaces transnationales que représentent le terrorisme et l’extrémisme religieux, les deux pays entendent unir leurs efforts et construire un front commun. La future visite du Premier ministre Narendra Modi en Algérie pourrait marquer un tournant majeur dans cette coopération.
En faisant référence à la tragédie algérienne des années 1990, l’Inde cherche à alerter sur une menace globale, tout en trouvant un allié expérimenté dans sa lutte contre le terrorisme : l’Algérie.