Mexique : faible participation à l’élection sans précédent des juges

La participation a été faible, dimanche au Mexique, à l’élection de tous les juges jusqu’à la Cour suprême, selon la première estimation peu avant minuit (heure locale) de l’Institut national électoral (INE).

La participation à cette première élection, unique au monde, se situe entre 12,57% et 13,32% du corps électoral (près de 100 millions d’électeurs au total), a indiqué la présidente de l’INE, Guadalupe Taddei, dans une déclaration télévisée.

Plusieurs raisons expliquent ce vide constaté dans les différents bureaux de vote durant toute la journée D’abord, la logistique, car il y avait moins de bureaux de vote que lors de l’élection présidentielle par exemple, ce qui a obligé les Mexicains à se déplacer plus loin pour aller voter, et cela a pu en décourager certains.

Ensuite, il y a aussi la quantité énorme de candidats et la complexité du vote. Dans l’isoloir, chaque citoyen s’est retrouvé face à six bulletins de couleur différente, un pour chaque tribunal, comme la Cour suprême, le tribunal électoral ou même les tribunaux locaux, car c’est vraiment l’entièreté du pouvoir judiciaire qui est rénové. Sur chacun de ces bulletins, les votants ont dû choisir entre une dizaine de candidats.

Par exemple, pour la Cour suprême, il y avait 64 noms pour seulement neuf gagnants. Et le problème avec ces candidats, c’est qu’ils sont quasiment tous inconnus du public, donc ça n’encourage pas la mobilisation et le fait d’aller voter pour quelqu’un qu’on aime a expliqué habitante de Mexico qui ne s’est pas déplacée lors du vote.

Il y a aussi ceux qui ont refusé d’aller voter pour s’opposer à cette réforme du pouvoir judiciaire. Depuis le passage de la réforme en septembre 2024, beaucoup de Mexicains n’acceptent toujours pas ce nouveau modèle d’élection des juges et magistrats par vote populaire. Ils dénoncent un système qui donnerait la priorité à la politique au lieu du mérite, une porte ouverte à la corruption, à l’achat de voix ou simplement qui permettrait à des personnes non qualifiées d’accéder à ces postes importants. D’ailleurs Dimanche, jour de l’élection, l’opposition a organisé des manifestations dans tout le pays pour inciter les Mexicains à protester au lieu d’aller voter.

Une élection au multiples enjeux

La présidente de gauche, Claudia Sheinbaum, défendait cette réforme promulguée par son prédécesseur et mentor, Andres Manuel Lopez Obrador. Ce dernier affirmait vouloir ainsi lutter contre la corruption au sein du pouvoir judiciaire, des tribunaux de district jusqu’à la Cour suprême. Le Mouvement pour la régénération nationale (Morena, gauche) – au pouvoir depuis 2018 – accuse la Justice d’être au service d’une l’élite conservatrice, tandis que l’opposition et les salariés du pouvoir judiciaire dénoncent une remise en cause de l’indépendance de la Justice.

Certaines voix se sont également élevées dans le monde académique, des organismes internationaux et des associations judiciaires pour pointer le risque que le crime organisé n’infiltre le pouvoir judiciaire, dans un pays déjà gangrené par les cartels de la drogue.

Les électeurs étaient appelés à voter directement pour désigner 2.581 juges et magistrats parmi des milliers de candidatures à l’échelon fédéral et dans 19 des 32 États mexicains. La faible participation populaire peut être interprétée comme un revers pour Claudia Sheinbaum. Cependant, celle-ci a qualifié le scrutin de « succès » sur les réseaux sociaux. Les résultats ne devraient pas être connus avant une dizaine de jours.

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