Noémie Lenoir brise le silence sur un mal qui ronge : « Je suis alcoolique, et je le resterai toute ma vie »

Le témoignage de Noémie Lenoir n’est pas une confession de star en quête d’attention. C’est un cri lucide sur une maladie qui tue des millions de personnes chaque année et que nos sociétés refusent encore de traiter avec sérieux. En affirmant « Je suis alcoolique, et je le resterai toute ma vie », la comédienne alerte sur les ravages d’une dépendance souvent banalisée, parfois même valorisée. Ce n’est pas une revendication. C’est une alerte. Et elle mérite d’être entendue.

C’est dans un entretien accordé à Konbini que Noémie Lenoir, ex-mannequin et comédienne, a livré un message d’une rare franchise : elle est alcoolique, et elle affirme que cela ne changera jamais, même si elle ne boit plus.

Ce n’est pas un aveu glorieux. Ce n’est pas un récit de rédemption glamour. C’est la reconnaissance brutale d’un mal profond, d’une maladie qui ne se guérit pas par la seule volonté. Et c’est aussi, indirectement, une critique de notre société, qui préfère juger les dépendants plutôt que les aider.

L’alcoolisme n’est pas un style de vie, ni un caprice, encore moins une tendance. C’est une pathologie grave, souvent incurable, qui tue plus de trois millions de personnes chaque année dans le monde (source : OMS).

Et pourtant, le discours collectif reste ambigu : d’un côté, on glorifie la consommation festive, surtout chez les jeunes ; de l’autre, on condamne durement les malades dès qu’ils perdent le contrôle. Noémie Lenoir, par sa parole, rappelle une vérité essentielle : l’alcoolisme n’a rien de séduisant. C’est une douleur physique, mentale, sociale, qui détruit des familles, des carrières, des vies.

Il faut aussi souligner le courage de Noémie Lenoir dans un monde où les femmes, les personnes racisées et les personnalités médiatiques sont souvent contraintes de taire leurs vulnérabilités.

L’alcoolisme féminin reste fortement stigmatisé. Lorsqu’une femme en souffre, on la juge plus sévèrement que les hommes. Si elle est mère, on parle d’irresponsabilité. Si elle est célèbre, on parle de « chute ». Si elle est noire, le silence devient presque une injonction. Dans ce contexte, dire sa dépendance publiquement devient un acte de résistance.

Ce témoignage ne concerne pas que la France. Dans de nombreux pays africains, l’alcoolisme s’étend discrètement, surtout dans les milieux urbains précaires ou chez les jeunes désœuvrés. Les boissons bon marché, les liqueurs de fortune, l’absence d’écoute psychologique, les stress post-traumatiques liés à l’histoire ou aux conditions de vie : tout concourt à un terrain propice à la dépendance.

Mais le sujet reste tabou, ignoré des politiques publiques. Et ceux qui sombrent le font dans le silence, faute de prise en charge ou de mots pour dire leur mal.

Le mérite de Noémie Lenoir est donc d’avoir brisé un tabou. Pas pour glorifier la dépendance. Mais pour nous obliger à regarder l’alcoolisme comme ce qu’il est : une maladie destructrice, qui mérite des politiques de prévention, d’accompagnement et de traitement sérieuses, accessibles à toutes et tous.

Elle ne dit pas : « j’assume mon alcoolisme ».
Elle dit : « j’y fais face, chaque jour, parce que c’est la condition pour rester vivante ».

Pour La Boussole – infos, ce moment de vérité publique n’est pas anodin. Il interroge :

~ Nos politiques de santé publique : sont-elles adaptées à la réalité des addictions chroniques ?
~ Nos normes culturelles : pourquoi valoriser la consommation d’alcool et marginaliser ceux qui en souffrent ?
~ Nos regards genrés et racialisés : pourquoi les femmes, et a fortiori les femmes noires, ont-elles moins le droit d’être vulnérables ?
~ Nos priorités éducatives : quand allons-nous intégrer sérieusement la prévention des addictions dans les systèmes scolaires ?

Loin d’une quelconque apologie, les mots de Noémie Lenoir résonnent comme un signal d’alarme lucide. Elle ne célèbre pas l’alcool. Elle dénonce une dépendance qui a failli lui coûter la vie, et qui continue de tuer en silence.

Il est temps que nos sociétés sortent de l’hypocrisie. Entendre un tel témoignage, c’est accepter de remettre en question notre rapport collectif à l’alcool, à la souffrance et à l’accompagnement des plus fragiles.
Et c’est, peut-être, commencer enfin à agir.

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