Alors qu’il a retrouvé la présidence des États-Unis d’Amérique en janvier 2025, Donald Trump s’apprête à remettre en œuvre l’une de ses mesures les plus controversées : le « Travel Ban », ou « interdiction d’entrée sur le sol états-unien » pour certains ressortissants étrangers. Selon une note interne du département d’État, révélée par le « Washington Post », 36 nouveaux pays, principalement africains, pourraient bientôt être frappés par cette mesure.
Une extension du Travel Ban initial de 2017
Le Travel Ban original, instauré par Trump en 2017, interdisait l’entrée sur le territoire américain aux ressortissants de 12 pays, majoritairement musulmans ou africains : Afghanistan, Birmanie, Tchad, Congo-Brazzaville, Guinée équatoriale, Érythrée, Haïti, Iran, Libye, Somalie, Soudan et Yémen.
Critiqué au niveau international et suspendu à plusieurs reprises, ce décret avait finalement été abrogé par Joe Biden en 2021. Mais fidèle à ses engagements de campagne, Trump avait promis de le restaurer et de l’élargir dès son retour à la Maison-Blanche.
36 nouveaux pays dans le viseur
La nouvelle liste envisagée comprend 36 pays, dont 25 en Afrique. Les ressortissants de ces pays pourraient faire l’objet d’une interdiction partielle ou totale d’entrée aux États-Unis, si leur gouvernement ne répond pas aux nouvelles exigences imposées par Washington dans un délai de 60 jours.
Parmi les pays concernés figurent :
Afrique : Égypte, Sénégal, Cap-Vert, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Djibouti, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Libéria, Malawi, Mauritanie, Niger, Nigeria, Soudan du Sud, Ouganda, Zambie, Zimbabwe…
Asie et Océanie : Bhoutan, Cambodge, Kirghizstan, Syrie, Tonga, Tuvalu, Vanuatu
Caraïbes : Antigua-et-Barbuda, Dominique, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Sao Tomé-et-Principe
Des exigences strictes imposées aux États
Selon la note interne, ces pays devront démontrer :
•La délivrance de documents d’identité fiables (passeports, cartes d’identité),
•Des mécanismes efficaces de lutte contre la fraude documentaire,
•Une coopération active avec les États-Unis pour la réadmission des personnes expulsées,
•Des garanties sécuritaires contre le terrorisme et le crime organisé.
En cas de non-conformité dans les 60 jours, le département d’État recommande des restrictions sévères sur les visas, voire une interdiction totale d’entrée.
Une mesure justifiée par la sécurité nationale, selon Trump
La Maison-Blanche défend cette politique comme un moyen de protéger les frontières et de garantir la sécurité intérieure. L’objectif, selon l’administration, est d’empêcher l’entrée de personnes jugées potentiellement dangereuses, mal identifiées ou issues de systèmes administratifs peu fiables.
Un haut responsable de la sécurité nationale, cité anonymement dans la presse américaine, affirme que cette mesure « ne cible pas une région ou une religion, mais les capacités techniques des pays à gérer les flux migratoires de manière sécurisée ».
Une levée de boucliers chez les défenseurs des droits humains
Mais cette justification ne convainc pas les ONG ni de nombreux observateurs internationaux. Pour les détracteurs, il s’agit d’une politique discriminatoire, déguisée sous des arguments techniques. La forte proportion de pays africains ou à majorité musulmane suscite des accusations de xénophobie institutionnalisée.
Des organisations comme l’ACLU (American Civil Liberties Union) et Human Rights Watch dénoncent un retour à une politique injuste, arbitraire et inefficace, qui stigmatise des millions de personnes pour des raisons politiques ou identitaires.
Plusieurs dirigeants africains ont d’ores et déjà fait part de leur préoccupation diplomatique, estimant que cette politique pourrait nuire aux relations bilatérales, au tourisme, aux affaires et aux échanges universitaires.
Un calendrier d’application encore flou
À ce stade, aucune date précise n’a été annoncée pour la mise en œuvre de ces restrictions. La Maison-Blanche affirme vouloir d’abord négocier avec les pays concernés, tout en maintenant une pression forte sur eux pour accélérer leur mise aux normes.
Mais en coulisses, les préparatifs avanceraient rapidement. Des réunions ont été organisées entre agences de sécurité, services consulaires et officiers de l’immigration pour préparer les sanctions migratoires en cas de non-coopération.
Une décision à forts enjeux politiques et diplomatiques
La résurrection du Travel Ban marque un virage radical par rapport à la politique de Joe Biden, qui prônait l’ouverture et la coopération internationale. Elle souligne aussi la volonté de Trump de renforcer le contrôle migratoire comme un axe central de son second mandat, dans un contexte de forte polarisation politique aux États-Unis.
Cette décision pourrait aussi avoir des conséquences diplomatiques majeures, en détériorant les relations avec plusieurs partenaires africains, asiatiques et caribéens, et en renforçant l’image d’un repli américain sur soi.
Avec ce projet d’élargissement du Travel Ban, Donald Trump renoue avec l’une de ses mesures phares et les plus controversées. Derrière les exigences sécuritaires avancées par l’administration américaine, de nombreux experts y voient une politique d’exclusion ciblée, aux implications diplomatiques et humaines considérables.
Alors que les pays concernés disposent de 60 jours pour se conformer aux nouvelles règles, une course contre la montre s’engage. En cas d’échec, des millions de citoyens dans 36 pays risquent de se voir interdire l’accès aux États-Unis, qu’il s’agisse de tourisme, d’études, de travail ou de regroupement familial.