Une escalade des tensions au Moyen-Orient ravive les pires craintes économiques : Téhéran agite la menace de fermer le détroit d’Ormuz, un point névralgique pour l’énergie mondiale. La planète retient son souffle.
Depuis la récente attaque d’Israël contre des installations militaires iraniennes, la région du Golfe est à nouveau sur le fil du rasoir. En réponse à ces frappes, l’Iran a lancé une série d’avertissements à la communauté internationale, en particulier aux puissances occidentales. Le plus retentissant : la menace de fermer le détroit d’Ormuz, étroit passage maritime stratégique au sud du golfe Persique.
Un point de passage vital pour l’économie mondiale
Large d’à peine 40 kilomètres, le détroit d’Ormuz est un goulot d’étranglement par lequel transitent chaque jour plus de 100 navires commerciaux. Il assure le passage de plus de 20 % du pétrole brut mondial et de 25 % du gaz naturel liquéfié (GNL). Une fermeture ou même la simple évocation d’un tel scénario suffit à ébranler les marchés.
C’est ce qui s’est produit dès les premières déclarations de Sardar Esmail Kowsari, député et haut gradé iranien, qui a confirmé que « la fermeture est à l’étude ». Il a ajouté, de manière sibylline mais inquiétante : « Nos mains sont grandes ouvertes lorsqu’il s’agit de punir l’ennemi. La réponse militaire n’est qu’une partie de notre réponse globale. »
En réaction, le baril de Brent a bondi de 65 à 75 dollars, celui du WTI atteignant 72 dollars. Une flambée symptomatique de la panique latente sur les marchés de l’énergie.
Un scénario catastrophe pour les économies mondiales
Pour l’économiste Elias Haddad, de la banque Brown Brothers Harriman, le risque est majeur : « Si le détroit d’Ormuz est fermé, cela pourrait avoir des effets assez désastreux sur les marchés mondiaux. » En effet, les alternatives sont limitées, et les réserves stratégiques de l’OPEP concentrées elles-mêmes dans la région ne suffiraient pas à répondre à une crise prolongée.
L’Europe en première ligne
L’impact serait particulièrement brutal pour l’Europe, fortement dépendante des exportations énergétiques en provenance du Golfe. Pétrole saoudien, gaz qatari, brut émirati : tout transite par Ormuz. Une fermeture du détroit entraînerait une hausse vertigineuse des prix de l’énergie, avec des répercussions sur l’ensemble de l’économie : transports, agriculture, industrie lourde.
Une inflation déjà sous tension, depuis la guerre en Ukraine et la pandémie, pourrait s’aggraver. Une pénurie énergétique n’est plus un simple exercice théorique mais une menace tangible.
Diplomatie en alerte, routes détournées
Face à la gravité de la situation, les diplomates occidentaux tentent de désamorcer la crise. En parallèle, les compagnies pétrolières explorent des itinéraires alternatifs, plus longs et donc plus coûteux. Les assureurs, quant à eux, ont commencé à rehausser les primes pour tout navire empruntant la zone.
Une épée de Damoclès géopolitique
Le détroit d’Ormuz a toujours été un levier de dissuasion pour Téhéran. Mais aujourd’hui, dans un contexte de tension militaire accrue, sa fermeture effective n’est plus impensable. Et avec elle, un nouveau choc énergétique mondial. La communauté internationale joue une partie serrée, entre diplomatie et prévention d’un cataclysme économique.