Musique – tournée française de Beyoncé : quand le « business parallèle » des commerçants freine le succès populaire

Le premier des trois concerts français de Beyoncé, dans le cadre de son « Cowboy Carter Tour 2025 », s’est tenu hier au Stade de France. Pourtant, l’événement n’a pas affiché complet, malgré l’immense popularité de l’artiste états-unienne et une demande initiale forte. Une situation paradoxale qui illustre un phénomène désormais bien identifié autour des grandes tournées internationales : le développement d’un juteux business local dont la spéculation finit parfois par desservir l’artiste lui-même.

Lors de l’ouverture de la billetterie pour les concerts français de la tournée « Cowboy Carter Tour 2025 », de Beyoncé, la demande fut explosive. Pourtant, sur le terrain, de nombreuses places sont restées vacantes. Comment expliquer ce décalage ?

Le cœur du problème se situe moins du côté de l’artiste que de celui de l’écosystème commercial qui gravite autour de ces grands rendez-vous musicaux. Hôtels, restaurateurs, sites de revente, transporteurs privés, voire certains sites de billetterie secondaire, ont profité de l’effet d’annonce pour faire flamber leurs tarifs. Le prix des chambres d’hôtel à Paris autour des dates du concert a parfois été multiplié par deux ou trois. Les vols, les VTC et les restaurants ont suivi la même dynamique inflationniste.

Résultat : nombre de fans, y compris détenteurs de billets, ont renoncé face au coût total du séjour. Un billet à 150 euros devient difficilement justifiable lorsqu’il faut y ajouter plusieurs centaines d’euros de dépenses annexes.

Ce phénomène n’est pas propre à la France. Déjà lors de la précédente Renaissance Tour en 2023, des hausses spectaculaires avaient été constatées dans plusieurs villes européennes et états-uniennes. Cette fois-ci, le « Beyoncé effect » a surtout profité aux secteurs hôteliers, touristiques et de transport, bien davantage qu’à la billetterie primaire.

Les marges générées par ce commerce périphérique échappent totalement à l’artiste et à l’organisation de la tournée. Beyoncé et son équipe subissent ainsi indirectement les effets d’une spéculation privée, qui restreint l’accès à ses propres concerts et nuit à l’image d’accessibilité populaire que l’industrie musicale cherche souvent à cultiver.

Dans les grandes métropoles européennes, Paris en tête, cette logique est particulièrement visible. Les établissements hôteliers du centre-ville ont affiché des taux d’occupation supérieurs à 95 %, avec des tarifs parfois doublés ou triplés. Les compagnies aériennes et ferroviaires ont, elles aussi, profité de cet afflux massif de spectateurs potentiels, qui bien souvent n’ont finalement pas franchi le pas de la dépense complète.

Au-delà des seuls concerts de Beyoncé, cette mécanique commerciale soulève une question plus large sur l’accès des classes populaires et moyennes aux grands événements culturels internationaux, désormais largement captés par les logiques spéculatives des métropoles.

Alors que la billetterie de la tournée est encadrée contractuellement entre producteurs, promoteurs et gestionnaires de salles, le reste de l’économie de l’événementiel échappe à toute régulation directe. L’effet d’aubaine profite à des acteurs secondaires hôtels, transports, plateformes de revente souvent aux dépens du cœur du spectacle : l’artiste et son public.

Certains analystes de l’industrie musicale commencent d’ailleurs à s’interroger : à force de rendre l’expérience de concert inaccessible financièrement à une partie des fans, ne risque-t-on pas d’affaiblir sur le long terme la dynamique populaire qui a fait le succès de ces grandes tournées mondiales ?

Si le Cowboy Carter Tour de Beyoncé reste un succès global en termes de recettes, il illustre aussi les limites d’un modèle où le concert devient le prétexte d’une économie périphérique non maîtrisée, aux effets parfois pervers. Derrière le glamour des grandes scènes, c’est tout un système commercial parallèle qui s’est structuré au risque de dénaturer l’esprit même de ces rendez-vous musicaux censés réunir l’ensemble du public.

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