C’est avec une très grosse cylindrée hollywoodienne que nous terminons notre « saison régulière » de critiques cinéma, puisque nous allons parler de « F1 – le film » (ou tout simplement « F1 »), film sur le sport automobile du même nom mais qui, hélas, n’en a rien de plus de commun tant, avec cette superproduction, on s’écrase droit dans le mur de la réalité.
Pour bien commencer les vacances d’été, l’écurie Hollywood nous envoie un bolide parmi ses chasseurs de masses (« blockbusters » en anglais), parcourir les salles obscures françaises à partir de ce 25 juin 2025. Son titre « F1 », plus souvent appelé « F1 – le film » (avec le symbole du copyright d’ajouté, pour bien nous montrer que ce film est, avant tout (si ce n’est « exclusivement ») une affaire de gros sous. Sachant cela, comment s’étonner, alors, que l’on ai affaire à un film qui, sensé célébrer le sport automobile le plus glorieux, ne nous présente, en fait, qu’un gros fantasme de scénariste californien bien respectueux des règles fondamentales de l’industrie du divertissement visuel états-unien ?
Car, s’il y a bien quelque chose qui saute au yeux avec « F1 », c’est l’application du sempiternel canevas du film du super-héros, surhomme emblématique de la propagande du fameux « rêve américain ». Ceci dit, quoi de surprenant quand celui qui dirige n’est autre que Joseph Kosinski, celui qui a commis « Top gun : Maverick » (dont il reprend les mêmes éléments, particulièrement concernant le rapport entre les deux pilotes de l’écurie dont on suit la fin de saison) et « Tron : L’héritage » ? Ajoutez Brad Pitt dans le rôle principal du « sauveur du monde » en question et vous avez un film qui n’utilise la Formule 1 que comme prétexte à la prolongation de l’existence de ces « hommes exceptionnels parce qu’Américains », mais pas un film pour les véritables « afficionados » de la discipline.
Que la première scène de course automobile que sont les « 24h de Daytona », l’on sait que l’on va avoir droit à un film (qui plus est trèèèèèès long et, surtout, BEAUCOUP TROP long– il dure tout de même un peu plus de 2h30!) de cow-boy sur quatre roues, au mépris total, non seulement de la réalité, mais même, tout simplement, de la vraisemblance. Jugez plutôt : Sonny Hayes (Brad Pitt), arrive dans les stands de l’écurie pour laquelle il pilote, afin de prendre son tour de course. Sauf que, au lieu de repartir en meneur de la course, comme il avait laissé la voiture entre les mains de ses quo-équipiers, le patron de l’écurie lui apprend que c’est en cinquième position qu’il va prendre le relais. Là, tout juste un peu agacé mais nullement inquiet, il a comme phrase pour lui-même « Il suffit que je les laisse cinq minutes et voilà le résultat ». Après quoi il prend sa place au volant et, à peine sorti des stands, le voilà qui rattrape et dépasse, par une manœuvre de conduite aussi réaliste que les matchs de football d’Olive et Tom, trois des quatre voitures qui étaient devant lui dans la course. Se retrouvant, du coup, deuxième, il fond quelques instants après la voiture de tête qu’il dépasse, là encore, dans une manœuvre sortie d’on ne sait où et, en plus, dangereuse pour l’autre pilote. Enfin premier avant même d’avoir bouclé son premier tour de circuit, il déroule tranquillement jusqu’au moment où il doit rentrer au stand pour céder sa place au pilote suivant. C’est-y pas beau un « sauveur du monde » comme ça ? Bon, d’accord, c’est aussi absurde qu’un sauveur du monde qui va se poser sur un astéroïde fonçant droit sur la terre, à bord d’une navette spatiale, et qui arrive à forer ledit astéroïde pour y mettre une charge nucléaire qui le fera exploser juste avant que de détruire la terre, mais, que d’émotions ! Que d’adrénaline ! Forcément, si vous aimez les vraies courses automobiles, soit vous quittez la salle (ce qui, au prix de la place de cinéma en salle IMAX, revient à jeter un sandwich au pâté de foie payé le prix d’un au foie gras), soit restez pour toute la durée du film en vous faisant la promesse de vous auto-flageller pour vous punir d’avoir cru qu’un film hollywoodien pourrait être capable de traiter respectueusement un sujet. Pour notre part, ayant profité que le film était principalement destiné à une diffusion directe sur AppleTV dans l’immense majorité des pays du globe (y compris aux EUA), nous avons tout simplement utiliser notre VPN pour le voir sur notre écran 96 cm, sauvant ainsi l’argent qui nous permettrait de nous faire un grand nombre de toasts au foie gras et économisant également sur la pommade et les pansements à utiliser après l’autoflagellation (et puis, de toute façon, nous refusons les artifices que propose le cinéma de type IMAX).
Parler d’autre choses que des incohérences et de l’irréalisme de « F1 » vis à vis de la Formule 1 et des sports automobiles nous semble parfaitement superflu. Mais, les détailler l’est tout autant à nos yeux. D’autant que, à tout ce gaspillage de pellicule s’ajoute le fait que les chansons de « super stars » actuelles de la chanson donnent plutôt l’impression d’une bande son de jeu vidéo que de l’habillage et l’accompagnement d’un film qui devrait te faire te sentir au volant de la Formule 1. Alors, oui, il reste la partie technique du film et ses quelques cent-vingt-cinq caméras spécialement fabriqués par Sony qui offrent quelques images sous des angles intéressants, le fait d’avoir utiliser des Formules 2 maquillées en Formules 1 afin que les acteurs puissent les conduire (parce qu’il faut un entraînement très long et intensif pour pouvoir piloter un bolide de Formule 1 – d’où le côté encore plus ridicule de voir un héros âgé de plus de 50 ans, qui n’a pas conduit de F1 depuis trente ans, capable, une semaine après sa course aux 24h de Daytona, se radiner sur le circuit de Silverstone qui est celui où se déroule le grand prix de Grande-Bretagne et qui fut celui de la toute première course de F1 de l’histoire, et réussir à piloter la Formule 1 si facilement qu’il arrive, en un seul tour d’essai, à faire un meilleur temps que le pilote officiel de l’écurie… Et qu’il remportera carrément le dernier grand prix de la saison comme point culminant du film !). On pourrait également parler de la musique composée par Hans Zimmer dont la liste des films pour lesquels il a composé est tellement longue que nous n’avons même pas essayer d’en faire le compte exact mais dont on peut tout de même citer celles de films comme « Rain man », « Thelma et Louise », la version animée originale du Disney « Le roi lion », les volets de « Dune » version Villeneuve ». mais, mis dans la balance, les qualités techniques sont très loin de rééquilibrer la balance, surtout que même les acteurs ne sont pas exceptionnels dans leur jeu.
Le plus malheureux dans « F1 – le film » est, en fin de compte, le fait que, malgré sa profonde nullité scénaristique, le film a cartonné aussi fort que Brad Pitt avec sa monoplace sur celles des autres concurrents pour donner un avantage à son copilote, comme nous l’avons constaté en consultant les chiffres de fréquentation de son premier jour d’exploitation salles. Alors, franchement, bien content de prendre deux mois de congés – ce qui ne sera pas trop pour digérer notre déception de voir que le « non-cinéma » du plus bas niveau qui soit fait toujours autant recettes alors que les véritables œuvres cinématographiques ne récupèrent, dans l’ensemble, que quelques pauvres miettes.
Christian Estevez