Thaïlande: des manifestant rassemblés à Bangkok pour réclamer la démission de la Première ministre

Des milliers de manifestants anti-gouvernement se sont rassemblés à Bangkok samedi pour réclamer la démission de la première ministre Paetongtarn Shinawatra après qu’un appel téléphonique avec l’ancien dirigeant cambodgien Hun Sen a suscité la colère de la population et remis en question sa capacité à diriger.

Des centaines de manifestants se sont rassemblés aujourd’hui autour du Monument de la Victoire à Bangkok pour exiger la démission du Premier ministre thaïlandais. Paetongtarn Shinawatraa, au centre d’une controverse autour d’un appel téléphonique privé, divulgué à la presse, avec l’ancien Premier ministre du Cambodge Hun Sen.

La manifestation est menée par le Pouvoir unifié pour la protection de la souveraineté (Ruam Palang Paendin Pokpong Athipatai). Le rassemblement, qui a débuté ce matin, devrait se poursuivre jusqu’au soir (heure locale). La police métropolitaine prévoit 5.000 personnes en fin d’après-midi ; les organisateurs prévoient le double. La Première ministre a déclaré ne pas être préoccupée par cette manifestation, qui est un droit du peuple, et avoir donné instruction aux autorités de veiller à ce qu’elle se déroule dans le calme.

La Première ministre thaïlandaise est en difficulté suite à son appel téléphonique avec Hun Sen, lié à la crise actuelle entre la Thaïlande et le Cambodge concernant un différend territorial. Lors de cet entretien avec l’ancien Premier ministre cambodgien, Paetongtarn l’a exhorté à ignorer les voix les plus intransigeantes sur le conflit frontalier, émanant des milieux politiques et militaires thaïlandais, et a qualifié le lieutenant-général Boonsin Padklang, chef du commandement du Nord-Est de l’armée thaïlandaise, d’« adversaire ».

Malgré les excuses du Premier ministre, le parti conservateur Thai Pride (Bhumjaithai), deuxième force de la coalition gouvernementale avec 18 sièges à la Chambre des représentants, a annoncé le 69 juin son retrait, réduisant sa majorité à 261 sièges, juste au-dessus du seuil de 251 nécessaire pour conserver le contrôle de la Chambre, et la présentation d’une motion de censure, attendue le 3 juillet. Le gouvernement a redistribué les postes laissés vacants par les démissions du vice-Premier ministre Anutin Charnvirakul et de sept autres ministres Bhumjaithai et a annoncé son intention de remanier le cabinet.

Le différend entre les deux pays concerne plusieurs sections de la frontière, longue d’environ 800 kilomètres, et trouve ses origines lointaines dans le traité franco-siamois de 1907, par lequel le Siam (plus tard la Thaïlande) cédait ses territoires du Cambodge intérieur à la France en échange de Trat et de Dan Sai.

Le Cambodge, qui a obtenu son indépendance de la France en 1953, revendiquant le temple de Preah Vihear, s’est adressé à la Cour internationale de justice en 1959, qui lui a donné raison en 1962. Les différends se sont apaisés pendant la guerre civile cambodgienne (1979-1998), mais ont refait surface en 2008 lorsque le Cambodge a cherché à inscrire le temple au patrimoine mondial de l’UNESCO. Entre 2008 et 2011, il y a eu plusieurs affrontements faisant des victimes des deux côtés.

En poste depuis moins d’un an, Paetongtarn est la quatrième personnalité du clan Shinawatra à devenir Premier ministre de la Thaïlande après son père, sa tante et le mari de sa tante.

La semaine prochaine la dirigeante et son père Thaksin vont faire face à des batailles judiciaires qui pourraient rebattre les carte du paysage politique thaïlandais.

Mardi, la Cour constitutionnelle décidera si elle doit se saisir d’une pétition de sénateurs demandant sa destitution pour manque de professionnalisme.

Le même jour, son père sera jugé pour des accusations de lèse-majesté liées à des remarques faites il y a dix ans à des médias sud-coréens.

Une douzaine de putschs réussis depuis la fin de la monarchie absolue en 1932 a cimenté la place de l’armée dans le cœur de la vie politique thaïlandaise, laissant planer en permanence l’hypothèse d’une intervention si le gouvernement en place allait contre ses intérêts.

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