Haïti : le Canada promet 60 millions de dollars pour la sécurité, mais sous conditions

Le Canada a annoncé son intention de débloquer 60 millions de dollars pour aider Haïti à faire face à la crise sécuritaire provoquée par les gangs armés. Mais ce soutien financier ne sera pas inconditionnel : la majeure partie des fonds dépend de l’approbation par les Nations unies d’un plan américain visant à transformer la mission de police existante en une force plus robuste et mieux équipée.

Une aide conditionnée à l’approbation de l’ONU

Lors d’un événement organisé conjointement avec son homologue haïtien aux Nations unies, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a insisté sur la nécessité d’une réponse collective et coordonnée pour restaurer la sécurité dans le pays.
Elle a souligné que la création d’une « mission de sécurité renforcée et modernisée » est indispensable pour permettre la réouverture des écoles et endiguer la crise alimentaire, aggravée par la violence des gangs et le pillage de convois humanitaires.

Sur le total des 60 millions promis, 40 millions de dollars seraient dédiés au financement de cette mission si l’ONU donne son feu vert. Les 20 millions restants visent à renforcer la sécurité maritime dans les Caraïbes afin de combattre le trafic d’armes et de drogues à destination et en provenance d’Haïti.

Un soutien déjà conséquent mais insuffisant

Le Canada contribue déjà à hauteur de 80 millions de dollars à la mission policière actuelle, menée par le Kenya. Anita Anand a rappelé que son pays est le deuxième contributeur financier et a appelé les autres partenaires internationaux à augmenter leurs engagements.

Selon la ministre, la résolution proposée à l’ONU permettrait de quintupler les effectifs, les moyens financiers et logistiques de la mission, afin de répondre aux besoins croissants sur le terrain.

Des difficultés persistantes sur le terrain

Cette semaine, le président kenyan William Ruto a reconnu que la mission actuelle peine à remplir ses objectifs, avec seulement 40 % des 2 500 agents prévus déployés.
Mme Anand a par ailleurs averti le gouvernement de transition haïtien : le soutien international pourrait s’éroder si des progrès concrets ne sont pas réalisés en matière d’organisation d’élections libres et équitables, ainsi que de réformes économiques favorisant la concurrence sur le marché intérieur.

Inquiétudes à Ottawa

Au Canada, certains parlementaires s’interrogent sur les implications de cet engagement. Sur la Colline du Parlement, des députés ont questionné le gouvernement sur la possibilité d’un envoi de troupes canadiennes en Haïti dans le cadre de la future mission onusienne.

Le député conservateur Shuvaloy Majumdar a, quant à lui, exprimé ses préoccupations quant au risque de détournement de l’aide, craignant que les fonds ne tombent entre les mains des gangs ou de leurs alliés économiques.

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