Le président russe Vladimir Putin a signé un décret autorisant et accélérant la confiscation d’actifs appartenant à des sociétés étrangères opérant en Russie, selon les révélations de l’agence Bloomberg. Cette mesure, interprétée comme une riposte directe aux sanctions occidentales, intervient alors que l’Union européenne discute d’utiliser les avoirs gelés de la Banque centrale russe pour financer l’aide à l’Ukraine.
Un nouveau mécanisme de privatisation express
Selon Bloomberg, le décret présidentiel introduit un nouveau mécanisme de privatisation destiné à faciliter la vente d’entreprises russes et étrangères à des entités locales, sous supervision étatique.
Le texte réduit à dix jours la période d’évaluation préalable à la vente des actifs et accélère l’enregistrement de la propriété par l’État.
C’est la Promsvyazbank, une banque publique proche du Kremlin, qui sera chargée de superviser ces transactions.
Une source gouvernementale citée par l’agence précise que ces mesures visent à « protéger les intérêts économiques russes » et à répondre aux sanctions occidentales jugées hostiles.
Contexte : l’UE veut mobiliser les avoirs russes gelés
Ce durcissement survient alors que Bruxelles discute de la possibilité d’utiliser les environ 200 milliards d’euros d’avoirs de la Banque centrale russe gelés dans les pays européens pour soutenir l’effort de guerre de l’Ukraine.
La réaction de Moscou ne s’est pas fait attendre :
- Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a qualifié cette initiative de « vol banal », promettant des « contre-mesures politiques et économiques appropriées ».
•De son côté, Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a déclaré que la Russie « répondra en assurant ses intérêts nationaux ».
L’Europe dénonce une « riposte injuste »
La Commission européenne, par la voix de son porte-parole Balázs Ujvári, a affirmé suivre « de près » les préparatifs de Moscou. Il a jugé injuste la confiscation d’actifs appartenant à des entreprises privées occidentales, rappelant que l’UE vise uniquement les fonds publics de l’État russe, et non les sociétés.
Des effets limités selon les économistes
Malgré le ton offensif du Kremlin, plusieurs analystes doutent de l’impact réel de cette mesure.
Le média indépendant The Insider cite l’économiste Tatyana Mikhailova, qui estime que la plupart des entreprises occidentales ont déjà perdu leurs actifs en Russie :
« Les autorités russes ont déjà confisqué ou nationalisé les biens des sociétés parties après 2022. Et quels biens peuvent encore être saisis à UniCredit ou Raiffeisen ? Les comptes ? Ces entreprises ont probablement déjà tourné la page », souligne-t-elle.
Parmi les multinationales encore présentes en Russie figurent UniCredit, Raiffeisen Bank International, PepsiCo ou encore Mondelez International, bien que nombre d’entre elles aient réduit drastiquement leurs activités depuis l’invasion de l’Ukraine.
Une nouvelle étape dans la confrontation économique
Avec ce décret, le Kremlin franchit une nouvelle étape dans la guerre économique opposant la Russie à l’Occident.
Moscou cherche à récupérer le contrôle total des actifs étrangers présents sur son territoire, tandis que l’Union européenne envisage d’utiliser les avoirs russes gelés pour financer la résistance ukrainienne.
Une escalade juridique et économique qui risque d’approfondir encore la fracture entre la Russie et les puissances occidentales.