France : à peine reconduit, le Premier ministre Sébastien Lecornu déjà menacé

À peine reconduit par Emmanuel Macron, le Premier ministre français Sébastien Lecornu se retrouve déjà dans la tourmente politique. En poste depuis vendredi soir, il fait face à la menace d’une censure portée conjointement par les députés de gauche et de droite nationaliste, qui exigent des concessions majeures ou refusent catégoriquement de le soutenir.

Un gouvernement sous tension dans une Assemblée fragmentée

La France continue de subir les répliques du séisme institutionnel provoqué par la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024. Cette décision du président Macron a débouché sur une chambre sans majorité claire, divisée en trois blocs — gauche, centre droit et droite nationaliste —, entraînant une instabilité chronique marquée par la succession de quatre Premiers ministres en seulement dix-huit mois.

Nommé il y a quatre semaines, Sébastien Lecornu avait démissionné à la surprise générale lundi matin, à peine 14 heures après la présentation de sa première équipe gouvernementale. La composition de celle-ci avait fait éclater l’alliance fragile entre le camp présidentiel et Les Républicains (LR). Malgré ce revers, sa reconduction, largement anticipée, a été confirmée vendredi soir par l’Élysée.

« Un moine-soldat » face à la censure

Proche d’Emmanuel Macron depuis 2017, M. Lecornu s’est dit prêt à reprendre son poste « par devoir ». Il aura pour mission prioritaire de négocier avec les partis politiques afin de former un gouvernement capable de présenter un budget 2026 avant la fin de l’année. Le calendrier est serré : la Constitution impose 70 jours de débat parlementaire avant le 31 décembre.

Mais la tâche s’annonce ardue. Le secrétaire général du Parti socialiste (PS), Pierre Jouvet, a déclaré à l’AFP que son parti voterait la censure du gouvernement à moins d’obtenir plusieurs concessions, dont la suspension complète de la réforme des retraites — mesure phare du second quinquennat Macron, adoptée dans la douleur en 2023.

Une coalition impossible ?

La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN) ont déjà annoncé qu’ils soutiendraient une motion de censure. Jordan Bardella, président du RN, a dénoncé sur X un « attelage sans avenir », tandis que le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a fustigé « un nouveau bras d’honneur aux Français ».

Même au sein du camp présidentiel, la reconduction de Lecornu suscite des réserves. Certains espéraient un Premier ministre « d’ouverture », non issu de la macronie, comme le réclamaient plusieurs voix de la droite et de la gauche. Les Républicains, bien que potentiellement alliés, restent divisés sur leur participation au futur gouvernement.

Un gouvernement à reconstruire

Sébastien Lecornu a promis un exécutif « incarnant le renouvellement et la diversité des compétences », en exigeant de ses futurs ministres qu’ils se tiennent à l’écart des ambitions présidentielles pour 2027. Cette ligne pourrait écarter plusieurs figures de son ancienne équipe, dont Gérald Darmanin et Bruno Retailleau, ce dernier étant perçu comme le déclencheur de la chute de son premier gouvernement.

Après la démission surprise de lundi, Emmanuel Macron avait accordé 48 heures à Lecornu pour tenter de bâtir un accord politique « de la dernière chance ». Malgré une ultime réunion vendredi entre le président et les chefs de partis, aucune avancée notable n’a été enregistrée, notamment sur les retraites et le pouvoir d’achat.

« Tout ça va très mal se terminer avec une possible dissolution », a averti Marine Tondelier, cheffe des Écologistes, à la sortie de l’Élysée.

Un pilier discret de la macronie

Ancien élu de droite, peu connu du grand public, Sébastien Lecornu est un fidèle de la première heure d’Emmanuel Macron. Présent dans tous les gouvernements depuis 2017, il a occupé le poste stratégique de ministre des Armées à partir de 2022. Aujourd’hui, il doit faire face à la plus périlleuse mission de sa carrière : sauver un exécutif déjà fragilisé avant même d’avoir commencé.

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