Berlin prépare la reprise régulière des vols d’expulsion vers l’Afghanistan, malgré les critiques sur la sécurité et la légitimité du régime taliban.
L’Allemagne s’apprête à franchir une nouvelle étape dans le durcissement de sa politique migratoire. Samedi, le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a confirmé que les discussions avec les autorités talibanes étaient “très avancées” en vue d’un accord sur les expulsions de ressortissants afghans déboutés du droit d’asile ou condamnés par la justice allemande.
« Nous voulons effectuer des renvois réguliers, et cela ne signifie pas uniquement par des vols charter, mais également par des vols commerciaux », a indiqué le ministre conservateur (CSU) au média en ligne The Pioneer. Selon lui, l’accord devrait être conclu “très bientôt”, rendant les retours « réguliers » et non plus exceptionnels.
Des vols charters déjà effectués
Depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, l’Allemagne n’a officiellement jamais reconnu le régime en place à Kaboul. Pourtant, Berlin a déjà organisé deux vols d’expulsions d’Afghans condamnés par la justice : 81 personnes en juillet dernier et 28 à l’été 2024, des opérations facilitées par le Qatar, qui jouait alors le rôle d’intermédiaire.
Mais en septembre, le ministère fédéral de l’Intérieur a confirmé avoir entamé des négociations directes avec les talibans, marquant un tournant diplomatique majeur. Début octobre, des fonctionnaires allemands se sont rendus à Kaboul pour mener des « discussions techniques » avec les responsables du ministère afghan de l’Intérieur afin de préparer la logistique des vols.
Alexander Dobrindt a assuré qu’il « fera tout pour que cela fonctionne », allant jusqu’à évoquer la possibilité de se rendre lui-même à Kaboul pour finaliser les modalités.
Friedrich Merz face à la pression de l’extrême droite
Cette initiative s’inscrit dans la ligne du chancelier Friedrich Merz, en fonction depuis mai, qui a promis de rendre les expulsions plus rapides et plus systématiques pour les demandeurs d’asile ayant commis des crimes sur le territoire allemand. Confronté à une montée fulgurante de l’extrême droite, notamment de l’AfD, le chef du gouvernement cherche à reprendre le contrôle du débat migratoire.
Les sondages récents placent en effet les conservateurs de la CDU/CSU et l’AfD au coude-à-coude, accentuant la pression sur la coalition au pouvoir pour afficher des résultats concrets sur la question migratoire.
Vers un modèle étendu à la Syrie ?
Le ministre Dobrindt a également laissé entendre que le gouvernement pourrait tenter une approche similaire avec la Syrie, où la guerre civile et l’absence d’un gouvernement reconnu rendent les expulsions actuellement impossibles.
Après la chute du président Bachar al-Assad, l’Allemagne, comme la plupart des pays européens, avait gelé les procédures de retour forcé des ressortissants syriens. Mais la volonté de Berlin d’élargir sa coopération en matière d’expulsions montre que le gouvernement Merz entend faire de la fermeté migratoire un pilier central de sa politique intérieure.
Une position qui, malgré les critiques d’ONG et d’opposants politiques, semble répondre à une opinion publique allemande de plus en plus sensible aux enjeux de sécurité et de contrôle des frontières.