Le chef de l’opposition kényane Raila Odinga est décédé ce mercredi 15 octobre à l’âge de 80 ans, alors qu’il se trouvait en Inde pour des soins médicaux. Surnommé affectueusement « Baba » par ses partisans, l’ancien Premier ministre kényan s’est éteint des suites d’une crise cardiaque dans la ville de Koothattukulam, dans l’État du Kerala, ont confirmé ses proches à RFI.
Un décès survenu lors d’un traitement médical
Selon les médias indiens, Raila Odinga suivait un traitement ayurvédique au Sreedhareyam Ayurvedic Eye Hospital and Research Centre. Victime d’un malaise soudain, il a été transporté en urgence dans l’établissement, où il n’a pu être réanimé. Son corps a ensuite été transféré à l’hôpital Deva Matha de Koothattukulam, dans l’attente de son rapatriement vers le Kenya.
Au moment de sa mort, Raila Odinga était candidat à la présidence de la Commission de l’Union africaine (UA), un poste finalement remporté par le ministre djiboutien des Affaires étrangères Mahmoud Ali Youssouf.
Une vie de lutte pour la démocratie
Fils de Jaramogi Oginga Odinga, premier vice-président du Kenya indépendant, Raila Odinga a été l’une des figures majeures de la lutte pour la démocratie dans son pays. Engagé dès les années 1980 contre la dictature de Daniel Arap Moi, il a passé près de huit années en détention pour ses activités politiques.
Malgré cinq candidatures à la présidence entre 1997 et 2022, il n’a jamais accédé à la magistrature suprême, dénonçant régulièrement des fraudes électorales. Sa contestation du scrutin de 2007 avait déclenché une crise postélectorale meurtrière, faisant plus de 1 100 morts. Cette tragédie avait conduit à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, dans lequel Odinga avait été nommé Premier ministre.
Son combat politique a marqué l’histoire du Kenya : il est l’un des artisans de la Constitution de 2010, saluée comme l’une des plus progressistes d’Afrique, favorisant la décentralisation et la limitation des pouvoirs présidentiels.
Un héritage contrasté
Ces dernières années, cependant, Raila Odinga avait perdu le soutien d’une partie de la jeunesse kényane. Après les manifestations de juin 2024 menées par la Gen Z contre la vie chère et la corruption, violemment réprimées, il avait accepté de rejoindre un gouvernement d’union nationale. Cette décision avait été perçue par certains comme un renoncement à son rôle d’opposant historique.
C’est dans ce contexte qu’il avait été proposé par le président William Ruto comme candidat du Kenya à la tête de la Commission de l’Union africaine.
Vague d’hommages en Afrique et au Kenya
Depuis l’annonce de sa mort, les hommages affluent du Kenya et du continent africain.
Sur le réseau social X, l’ancien président de la Cour suprême David Maraga a salué « un patriote, un panafricaniste et un démocrate ». Le militant des droits de l’homme Boniface Mwangi a déploré « la fin de sa vigilance », tandis que le président de la Commission de l’Union africaine a rendu hommage à « un fervent défenseur de la démocratie ».
Le président zambien Hakainde Hichilema a également exprimé sa tristesse :
« L’ancien Premier ministre Raila Odinga était un grand défenseur de la démocratie, une voix intrépide pour la justice et un serviteur indéfectible du peuple. Son parcours a inspiré des générations à travers notre continent. »
Il a ajouté que son héritage politique et moral perdurerait, notamment pour sa contribution à la promotion de la gouvernance inclusive et du dialogue national.
Une icône africaine s’éteint
Avec la disparition de Raila Odinga, le Kenya perd l’un de ses plus grands symboles de la résistance démocratique. Pour beaucoup, il restera la conscience politique du pays, un homme dont la ténacité et la vision auront façonné la modernisation de la vie publique kényane.
Ses obsèques nationales devraient être organisées à Nairobi dans les prochains jours, en présence de nombreux chefs d’État africains.