Commerce mondial : un porte-conteneurs chinois relie l’Europe en 20 jours via le pôle Nord — Moscou jubile

C’est une première historique. Un porte-conteneurs chinois vient d’effectuer le trajet Chine–Europe en seulement 20 jours, en passant par l’océan Arctique, à proximité du pôle Nord. Cette nouvelle route maritime, rendue possible par la fonte accélérée des glaces, bouleverse les équilibres du commerce mondial et offre à Moscou un levier stratégique sans précédent.

Une traversée record qui rebat les cartes du commerce mondial

Parti du port de Ningbo, en Chine, le 22 septembre, le navire a traversé le détroit de Bering, longé les côtes russes, puis accosté à Felixstowe, au Royaume-Uni, le 13 octobre. En tout, 8 000 milles nautiques (près de 15 000 km) parcourus en 20 jours — deux fois plus rapide que le trajet traditionnel par le canal de Suez, qui aurait pris 40 jours.

Ce voyage, baptisé « Arctic Express », marque le lancement d’une nouvelle ligne maritime régulière entre la Chine et l’Europe, opérée par la compagnie Sealegend. En évitant Suez et la mer Rouge, la route arctique se veut plus courte, plus sûre et plus économique.

Pékin trace sa « route de la soie polaire »

La Chine consolide ainsi sa stratégie arctique, amorcée dès 2018 avec la création de la « route de la soie polaire ». L’objectif est double : sécuriser ses approvisionnements énergétiques et diversifier ses voies commerciales face aux tensions géopolitiques du Sud.

Selon les estimations, la région arctique recèlerait 13 % du pétrole et 30 % du gaz naturel mondial encore inexploités. Pékin investit déjà dans plusieurs projets gaziers en Russie, dont Yamal LNG, et montre un intérêt croissant pour les ressources du Groenland.

Moscou, gardien et bénéficiaire de la route du Nord

Mais la Chine ne peut contourner un acteur clé : la Russie. Le tracé du nouvel itinéraire passe intégralement dans sa zone économique exclusive, et Moscou contrôle toutes les autorisations de navigation. Chaque navire doit obtenir un feu vert russe et, souvent, recourir à l’escorte de brise-glaces appartenant à la flotte arctique de l’État.

En 2022, un vraquier de 100 000 tonnes a ainsi dû payer 720 000 dollars pour bénéficier de cette assistance.

Au Club Valdaï, le président Vladimir Poutine s’est félicité de cette réussite et a lancé un appel aux investisseurs :

« La Route maritime du Nord doit devenir un axe clé du corridor transarctique, de Saint-Pétersbourg à Vladivostok. Elle sera un moteur de croissance majeur, et nous invitons tous les investisseurs internationaux à rejoindre ce projet de civilisation. »

L’objectif du Kremlin est ambitieux : faire transiter 130 millions de tonnes de fret par an d’ici 2035, contre 32 millions en 2020.

Une nouvelle « guerre froide » dans les glaces

Cette percée sino-russe inquiète Washington, qui redoute de voir émerger un axe commercial et militaire hors du contrôle occidental. Le Pentagone intensifie discrètement ses patrouilles dans la région et renforce la coopération avec ses alliés nordiques.

Le 8 octobre, le président Donald Trump a signé un mémorandum autorisant la construction de brise-glaces américains, afin de restaurer une présence durable dans l’Arctique. Mais les capacités industrielles des chantiers navals américains restent limitées, retardant toute concrétisation rapide.

Dans sa nouvelle doctrine stratégique, les États-Unis placent désormais l’Arctique et l’Indo-Pacifique parmi leurs priorités géopolitiques, au détriment partiel de l’Europe. Le Groenland devient un point d’ancrage essentiel de cette stratégie : Washington envisage d’y implanter un réseau portuaire et logistique pour sécuriser l’Atlantique Nord et surveiller la route arctique russe.

Une route de tous les enjeux

En reliant l’Europe en un temps record, le « Arctic Express » incarne bien plus qu’une prouesse technologique : il illustre la recomposition des routes du commerce mondial, la montée en puissance du duo Pékin–Moscou, et l’ouverture d’un nouvel espace de rivalité stratégique dans les glaces du Nord.

Le réchauffement climatique, loin d’unir les nations autour de la préservation de la planète, devient désormais le moteur d’une compétition géoéconomique sans précédent.

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