La cour d’appel de Paris a ordonné, ce mardi, la libération de l’ancien banquier Wahib Nacer, condamné dans le cadre du dossier du financement libyen présumé de la campagne présidentielle de 2007. Une décision à portée symbolique, alors que le procès en appel doit s’ouvrir en mars prochain.
Une libération sous contrôle judiciaire strict
Âgé de 81 ans, Wahib Nacer, Franco-Djiboutien, avait été incarcéré le 25 septembre dernier après sa condamnation à quatre ans de prison, dont un an ferme, pour blanchiment aggravé et complicité de trafic d’influence. La cour d’appel a décidé de le remettre en liberté, tout en le plaçant sous contrôle judiciaire : interdiction de quitter le territoire métropolitain, obligation de pointer régulièrement au commissariat et remise de ses passeports.
Le président de la cour a toutefois tenu à préciser que cette décision « ne doit pas être analysée à l’aune du jugement qui doit être rendu » lors du procès en appel prévu en mars. Selon les juges, « les critères d’appréciation de la juridiction d’appel sont nécessairement différents de ceux de la juridiction de premier degré ».
Des doutes sur le risque de fuite
Lors de l’audience tenue lundi, les débats ont principalement porté sur le risque de fuite de Wahib Nacer. Le parquet général s’était opposé à sa libération, estimant que ses garanties de représentation demeuraient insuffisantes.
En visioconférence, l’ancien banquier, en larmes, a assuré : « Je n’ai jamais cherché à fuir ni à me dérober à une quelconque convocation que ce soit ». Son avocat, Me Benjamin Bohbot, a insisté sur le fait que « l’intégralité de sa vie est en France ».
La cour a finalement estimé que le maintien en détention ne constituait plus « l’unique moyen » de prévenir un risque de fuite, de récidive ou d’entrave à la justice.
Une affaire aux ramifications multiples
Le dossier du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 implique plusieurs protagonistes, dont Nicolas Sarkozy, également condamné dans cette affaire, et Alexandre Djouhri, intermédiaire franco-algérien dont la demande de mise en liberté sera examinée le 3 novembre.
Selon le jugement du 25 septembre, Wahib Nacer a joué un rôle central dans la mise en place de montages financiers opaques destinés notamment au versement de 500 000 euros à Claude Guéant, ancien ministre et proche collaborateur de Nicolas Sarkozy. Il est également accusé d’avoir participé à la cession frauduleuse d’une villa du sud de la France à un prix artificiellement gonflé au profit du fonds souverain libyen.
Une attente avant le procès en appel
Si cette libération provisoire ne préjuge pas de la décision finale, elle marque un tournant dans la procédure. En attendant le procès en appel de mars, Wahib Nacer reste sous surveillance judiciaire, tandis que les autres acteurs du dossier poursuivent leurs démarches pour obtenir, eux aussi, un aménagement de leur détention.
Cette affaire, au cœur de l’un des plus grands scandales politico-financiers de la Ve République, continue d’alimenter les débats autour du financement des campagnes électorales et des relations franco-libyennes sous le régime de Mouammar Kadhafi.