Le parquet de Paris a annoncé, ce mardi, l’ouverture d’une enquête préliminaire visant la plateforme chinoise TikTok, à la suite des conclusions de la commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de l’application sur les jeunes. Cette décision marque une nouvelle étape dans la surveillance accrue des réseaux sociaux en France, alors que les autorités s’inquiètent de leur impact sur la santé mentale et la sécurité numérique des utilisateurs.
Une enquête déclenchée après un signalement parlementaire
La procédure a été engagée le 11 septembre, à la demande du député socialiste Arthur Delaporte, rapporteur de la commission d’enquête sur TikTok.
Les parlementaires y dénonçaient notamment :
• une modération jugée insuffisante,
• des effets délétères des bulles de contenus sur la santé mentale,
• et une incitation indirecte à l’automutilation ou au suicide, via certains algorithmes de recommandation.
Le parquet estime qu’il existe des éléments suffisamment sérieux pour ouvrir une enquête sur plusieurs infractions graves.
Trois chefs d’infraction potentiels
L’enquête, confiée à la Brigade de lutte contre la cybercriminalité (BL2C) de la préfecture de police de Paris, porte sur :
- Fourniture de plateforme en ligne pour permettre une transaction illicite en bande organisée,
- Altération du fonctionnement d’un système de traitement automatisé de données en bande organisée,
- Propagande en faveur de produits ou méthodes préconisés comme moyens de se donner la mort.
Ces trois délits sont passibles de peines de prison et de lourdes amendes.
Selon une source proche du dossier, la justice souhaite déterminer si les algorithmes de TikTok ont contribué à amplifier certains contenus dangereux notamment ceux promouvant des défis mortels ou des comportements autodestructeurs.
Des rapports inquiétants joints au dossier
La section de lutte contre la cybercriminalité du parquet a également intégré plusieurs documents d’analyse :
• le rapport du Sénat de 2023 sur la sécurité et la protection des données des utilisateurs,
• le rapport d’Amnesty International (2023) sur l’incitation à l’automutilation et au suicide,
• et, plus récemment, le rapport de Viginum (2025) évoquant un risque de manipulation de l’opinion publique via la diffusion algorithmique de contenus orientés.
Ces éléments visent à établir un lien entre le fonctionnement de la plateforme, les risques psychologiques identifiés, et d’éventuelles atteintes à la sécurité publique.
TikTok dément et défend son dispositif de sécurité
En réaction à l’ouverture de l’enquête, TikTok a publié un communiqué transmis à l’AFP, rejetant les accusations.
« Nous réfutons fermement les accusations », a déclaré la plateforme, assurant proposer « plus de 50 fonctionnalités et paramètres prédéfinis spécialement conçus pour assurer la sécurité et le bien-être des adolescents ».
L’entreprise affirme collaborer régulièrement avec les autorités françaises et européennes sur les questions de modération, et souligne son engagement à « promouvoir un environnement numérique sûr et positif ».
Une enquête emblématique d’un tournant judiciaire
Cette affaire illustre la prise de conscience croissante des autorités françaises face aux dérives possibles des réseaux sociaux, notamment sur la santé mentale des jeunes et la manipulation de l’information.
Si TikTok conteste les accusations, cette enquête pourrait marquer un tournant réglementaire et judiciaire majeur, au moment où l’Union européenne renforce le Digital Services Act (DSA) et exige une responsabilité accrue des plateformes numériques.