Ressorties salles (France) 5 novembre : « Si Versailles m’était conté…», monument historique du cinéma français

Ce 5 novembre 2025 ressort, sur une sélection d’écrans de l’Hexagone, un film majeur de l’un des plus importants réalisateurs français de l’Histoire, à savoir « Si Versailles m’était compté…», film de Sacha Guitry, sorti en 1954.

Comme cela est quasiment toujours le cas, cette ressortie salle est dans le cadre de la promotion d’une nouvelle édition sur support numérique d’une version restaurée du film. A la différence que, cette fois, il n’est prévu qu’une sortie collector ultra Haute Définition Blu Ray (hélas).

Cela reste, cependant, l’occasion de mettre en avant une fresque historique comme le cinéma français ne sait plus en faire depuis bien longtemps.

Pour cette quarante-cinquième semaine de l’année 2025, notre critique est consacrée à un véritable monument du cinéma français, en la fresque historique « Si Versailles m’était conté…», du grand Sacha Guitry. Initialement sortie le 9 mars 1954 sur les grands écrans français, ce film, véritable œuvre du patrimoine de France, d’une durée de 2h45mns (plus exactement, deux parties de 1h20mns chacune sans la répétition du générique de début) nous revient dans les salles obscures françaises à partir de ce 5 novembre 2025 (quelques salles seulement, surtout parisienne, le proposant dès cette première semaine de novembre, tandis qu’un certain nombre de cinémas devant le programmer au fil des mois à venir). S’en suivra la sortie d’une édition collector exclusivement sur blu ray, dans sa version restaurée et traitée en 4K ultra haute définition accompagnée d’un disque exclusivement pour des bonus inédits, le 5 décembre à venir.

Annoncer ladite édition blu ray est, pour nous, surtout l’occasion d’indiquer que ce nous n’avons pas revu le film dans ce format pour rédiger notre critique car, d’une part, il s’avère que nous l’avons revu, courant septembre, pour notre plaisir exclusif et non professionnel, dans son édition DVD distribuée par le honteusement fainéant « René Château » qui profite, depuis des décennies, de ses droits exclusifs sur l’immense majorité des films français des années 1940 au milieu des années 1980 pour se faire son beurre en livrant, encore bien souvent, les films en DVD avec une copie toute droite sortie de son support VHS. Néanmoins, dans le cas de « Si Versailles m’était conté…», nous n’avons pas essayé de voir cet immense film dans sa version restaurée lorsque nous avons appris que, une fois de plus, c’est au nom d’une pseudo qualité supérieure de visionnage que sort une version dénaturée et irrespectueuse de la vison artistique de Guitry qui nous serait imposée.

Car, pour en revenir à la ressortie cinéma en elle-même, « Si Versailles m’était conté… » mérite une seule remarque défavorable, celle d’oser proposer une version visuellement jamais imaginée par son réalisateur. Qui nous lit très régulièrement sait déjà tout le mal que nous pensons des restaurations qui se transforment en versions technologiques pour non cinéphiles avec ces formats numériques ultra haute définition et 4K. Jamais un réalisateur du passé n’a conçu le moindre de ses films en imaginant un tel rendu. Leurs films ils les ont pensé et imaginé, « prévisualisé », de façon « argentique », sur pellicule. On ne propose pas la même narration visuelle, le même cadrage, la même lumière, etc… lorsque l’on tourne en pellicule argentique et lorsqu’on le fait en caméra numérique 4K. Les « professionnels de la profession » (pour reprendre l’expression de Goddard) aiment-ils si peu le cinéma qu’ils ne veulent plus le voir que dans des formats numériques toujours plus aseptisés ? Pourtant, un véritable amoureux du 7e Art se régalera pleinement par le visionnage d’un film tourné en 8mm d’un Orson Welles ou encore d’un John Cassavetes, qui, cinématographiquement, valent mille fois plus que la quasi totalité des productions tournées en UHD 4k ou 5k. Même George Lucas, grand adepte de la technologie numérique pour réaliser ses films, refuse toujours d’autoriser que son trilogie initiale de « Star Wars » (les épisodes « La guerre des étoiles », « L’empire contre-attaque » et « Le retour du Jedi ») soit dénaturée par un transfert en haute définition numérique !

Cette mise au point (et sur les « i ») étant faite, venons en pleinement au film. Tourné réellement dans le château de Versailles et ses jardins, en seulement deux mois (juillet et août 1951), et du premier instant après la fermeture aux touristes jusqu’au petit matin, en pellicule Eastmancolor (procédé concurrent du Technicolor) bien plus adapté pour les tournages en extérieurs que son principal concurrent, « Si Versailles m’était conté… » fut le premier film en couleurs de Sacha Guitry qui, initialement, souhaitait le faire en pellicule « Gevacolor », procédé belge créer par agfacolor (comme le Eastmancolor, ce dernier étant une création Kodak mais initié par agfacolor) apparu en 1947 et dont deux films très célèbres – « Barbe bleu », de Christian Jacques et avec Pierre Brasseur dans le rôle titre, en 1951 et « Violettes impériales », de Richard Pottier avec Luis Mariano dans le rôle principal, en 1952 -, qui restitue bien mieux les couleurs que le Technicolor. Et l’on comprend pourquoi Guitry se décida pour une telle pellicule lorsque l’on voit l’extraordinaire richesse des costumes et des décors qui participent pleinement à la grandeur de cette fresque historique qui débute avec Louis XIII et se termine presque avec Louis XVI (Sacha Guitry passant, après cela, à quelques brefs moments de l’histoire du château par de courtes scènes tenant bien plus de l’anecdote, avant de terminer avec trois guides touristiques d’époques suivantes, jusqu’à son « époque présente »).

D’historique, justement, comme absolument tout autre film qui se prétend tel, il y a, bien sûr, quelques « petits arrangements » de la part du réalisateur. Mais ils ne tiennent qu’à deux arrangements par « commodité narrative » (faire parler Louis XIV en mètre alors que le système métrique alors que fut institué par la première révolution française de 1789 – soit deux cents soixante-quatorze ans plus tard – et utiliser le mot « centime » alors que la plus petite monnaie à cette époque était le liard). Ajoutons deux scènes symboliques où Guitry réuni, dans une même pièce du château, les grands esprits français du XVIe et du XVII siècle, à la fin de chacun de ces deux siècles, afin de bien mettre en évidence et en valeur, auprès du spectateur, qu’au siècle des génies des lettres succédèrent les génies des sciences ainsi que des propos – dont beaucoup de bons mots comme le sieur Guitry en était un expert – qui, s’ils ne sont pas strictement exacts, permettent de parfaitement saisir le sens de l’histoire et de l’Histoire, particulièrement en leur donnant une signification a posteriori pour ledit spectateur. Enfin, s’il est exact que le réalisateur fait un choix bien personnel des événements de la Grande Histoire de France, et en les présentant « à sa manière », il n’en reste pas moins que tous ceux présentés sont strictement exacts.

Lorsque, à tout cela, on ajoute un générique royal, jamais égalé de toute l’histoire du cinéma français, comptant, à peu près, tous les plus grands noms du cinéma hexagonale vivants à l’époque, déjà âgés ou bien tout jeunes, pour des rôles majeurs comme de presque simples apparitions d’une minute avec une phrase pour toute réplique, comme : Jean Marais, Gérard Philippe, Micheline Presle, Jean-Louis Barrault, Pauline Carton, Bourvil, Brigitte Bardot (une phrase de réplique pour tout juste deux minutes à l’image), Edith Piaf, Tino Rossi, Annie Cordy, etc… , des acteurs hollywoodiens comme Orson Welles et Claudette Colbert, des grands interprètes d’autres pays comme l’italien Gino Cervi… et jusqu’à, même pas crédités au générique, une encore inconnue Jacqueline Maillan (elle n’obtiendra son premier rôle « visible » que deux ans plus tard dans « Ah ! Les belles bacchantes ») et même un réalisateur et documentaliste comme Frédéric Rossif (qui débutera, cette même année 1952, la réalisation, pour la télévision, de « La vie des animaux »), on ne peut nier qu’il s’agit bien d’un véritable monument cinématographique, non seulement français, mais carrément mondial dont les presque 7 000 de spectateurs qui allèrent le voir dans les salles obscures françaises (ce qui est un chiffre énorme pour l’époque qui équivaudrait un « plus de 10 millions de spectateurs actuels ») sont à la mesure de sa grandeur.

Christian Estevez

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