La pression internationale s’intensifie autour du cas de Boualem Sansal, écrivain franco-algérien emprisonné depuis près d’un an en Algérie. Ce lundi 10 novembre 2025, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a adressé un appel solennel à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, lui demandant de gracier l’auteur et de permettre son transfert vers l’Allemagne pour y recevoir des soins médicaux.
Berlin plaide pour un « geste humanitaire »
Dans un communiqué relayé par l’Agence France-Presse, Frank-Walter Steinmeier a exprimé son « inquiétude » face à la situation du romancier de 75 ans, dont l’état de santé est jugé fragile.
« Un tel geste serait l’expression d’une attitude humanitaire et d’une vision politique à long terme », a déclaré le président allemand.
« Il refléterait ma relation personnelle de longue date avec le président Tebboune et les bonnes relations entre nos deux pays. »
Berlin se dit prête à accueillir Boualem Sansal pour qu’il puisse y bénéficier de soins, dans le respect du droit humanitaire international.
Boualem Sansal, au cœur d’une crise diplomatique majeure
Arrêté à Alger le 16 novembre 2024, Boualem Sansal a été condamné en appel en juillet dernier à cinq ans de prison ferme, pour des propos jugés offensants envers l’État algérien. L’écrivain avait notamment déclaré que l’Algérie avait hérité, sous la colonisation française, de territoires auparavant marocains, une affirmation qui lui a valu des accusations d’atteinte à l’unité nationale.
Cette affaire a ravivé les tensions entre Paris et Alger, déjà engagées dans une crise diplomatique profonde depuis l’été 2024. Celle-ci a conduit au rappel des ambassadeurs, à des expulsions de diplomates et à des restrictions de visas entre les deux pays.
La France plaide aussi pour sa libération
Jeudi dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait souligné que Paris menait un « dialogue exigeant » avec Alger afin d’obtenir la libération de l’écrivain. Il a réaffirmé la position française : la détention de Boualem Sansal, ainsi que celle du journaliste Christophe Gleizes — condamné à sept ans de prison pour apologie du terrorisme —, constitue un obstacle majeur au rétablissement du dialogue bilatéral.
Des signaux de détente, selon les renseignements français
Ce lundi, sur France Inter, le directeur de la DGSE, Nicolas Lerner, a indiqué percevoir des signaux positifs venus d’Alger :
« Aujourd’hui, nous avons des signes d’une volonté de reprise du dialogue, à la fois publics et non publics », a-t-il déclaré.
« La France y est prête, elle y a toujours été prête, en rappelant ce que sont ses exigences, notamment la libération de nos deux compatriotes. »
Selon le patron du renseignement extérieur français, malgré l’ampleur de la crise « peut-être la plus grave depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962 » les canaux de communication n’ont jamais été complètement rompus.
Un dossier hautement symbolique
Pour Berlin comme pour Paris, le sort de Boualem Sansal dépasse la simple question judiciaire. Il symbolise la relation tourmentée entre l’Algérie et ses anciens partenaires européens, à la croisée des mémoires, des enjeux politiques et des libertés d’expression.
Reste à savoir si l’appel de l’Allemagne, présenté comme un geste d’amitié et de confiance, sera entendu à Alger ou s’il viendra, au contraire, renforcer la crispation d’un pouvoir algérien peu enclin à céder sous pression étrangère.