Russie : le Kremlin dément les rumeurs d’éviction de Sergueï Lavrov, disparu de la scène publique depuis fin octobre

Le Kremlin tente de mettre fin aux spéculations. Alors que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, figure emblématique de la diplomatie russe depuis plus de vingt ans, n’est plus apparu publiquement depuis la fin octobre, des rumeurs d’éviction ou de disgrâce agitent la sphère politique russe et internationale.

Lavrov, un pilier du régime discret depuis plusieurs semaines

Âgé de 75 ans, Sergueï Lavrov est l’un des diplomates les plus chevronnés au monde. Entré au ministère des Affaires étrangères en 1972, il a été nommé ministre en 2004 et a traversé toutes les crises, de la guerre en Géorgie à l’invasion de l’Ukraine. Mais sa disparition soudaine de la scène publique, combinée à son absence à plusieurs événements clés, a ravivé les interrogations sur sa situation.

Il n’a notamment pas assisté à une réunion du Conseil de sécurité russe, et un diplomate plus jeune devrait le représenter au sommet du G20, prévu les 22 et 23 novembre à Johannesburg. Une absence remarquée qui a suffi à lancer les rumeurs d’un retrait forcé, voire d’une mise à l’écart politique.

Le Kremlin dément : « Sergueï Viktorovitch continue de travailler »

Interrogé lundi sur ces spéculations, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a assuré que « tout va bien » pour le ministre des Affaires étrangères.

« Sergueï Viktorovitch Lavrov continue de travailler, travailler activement », a-t-il déclaré, qualifiant d’« absolument fausses » les informations diffusées par plusieurs médias étrangers.
« Lorsqu’il y aura des événements publics, vous allez voir le ministre », a-t-il ajouté, sans donner davantage de détails sur l’agenda du chef de la diplomatie.

Sur le site du ministère, seules des interventions écrites ou enregistrées ont été publiées ces derniers jours, tandis que Maria Zakharova, la porte-parole du ministère, s’est abstenue de tout commentaire sur ses déplacements récents — une discrétion inhabituelle pour le clan Lavrov.

Une brouille supposée avec Poutine autour du sommet de Budapest

Selon des sources diplomatiques relayées par les médias, une tension aurait éclaté fin octobre entre Vladimir Poutine et son ministre. L’origine de la dispute remonterait à un échec de coordination sur le sommet Poutine–Trump, prévu à Budapest et finalement repoussé sans nouvelle date.

Quelques jours avant cette annulation, Sergueï Lavrov s’était entretenu par téléphone avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, afin de fixer les modalités de la rencontre. L’échange aurait été particulièrement tendu, et la réunion suspendue dans la foulée.

Quelques heures après l’annonce du report, Donald Trump déclarait ne pas vouloir de discussions « pour rien », tandis que Washington durcissait ses sanctions sur les hydrocarbures russes.

Une position jugée « trop dure » sur la guerre en Ukraine ?

Certaines sources affirment que Sergueï Lavrov aurait récemment exprimé des positions jugées trop intransigeantes, même pour Vladimir Poutine, sur la conduite de la guerre en Ukraine. Une hypothèse difficile à vérifier, mais qui alimente la thèse d’un désaccord stratégique au sommet du pouvoir russe.

Lavrov, connu pour son franc-parler et sa fidélité à la ligne dure du Kremlin, n’a jamais publiquement divergé de Poutine. Mais après plus de deux décennies à la tête de la diplomatie russe, les signes de fatigue et de tensions internes semblent de plus en plus visibles.

Une énigme diplomatique à l’heure des tensions russo-américaines

Ce flou autour du sort de Sergueï Lavrov intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu. Les relations entre Moscou et Washington continuent de se dégrader, sur fond de sanctions renforcées et d’absence de dialogue politique direct entre Poutine et Trump.

En attendant une réapparition publique du ministre, le Kremlin s’efforce de maintenir l’image d’un gouvernement soudé, tandis que les observateurs étrangers y voient peut-être un signe de fracture au sein du premier cercle du pouvoir russe.

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