Alors que la Syrie signe son retour sur la scène internationale, le président Ahmed al-Charaa a été reçu ce lundi à la Maison-Blanche par Donald Trump. Cette rencontre marque un tournant majeur dans les relations entre Washington et Damas, et l’intégration officielle de la Syrie à la coalition internationale contre le terrorisme.
Une rencontre historique à la Maison-Blanche
C’est un moment que peu d’observateurs auraient jugé possible il y a encore un an. Lundi 10 novembre, Donald Trump a accueilli à la Maison-Blanche le président syrien Ahmed al-Charaa, ex-dirigeant djihadiste devenu chef d’État. Une première dans l’histoire des relations entre les deux pays, et un symbole fort de la nouvelle politique américaine au Moyen-Orient.
La veille, le président syrien s’était montré décontracté, jouant au basket avec l’amiral Brad Cooper, commandant du Centcom, et le général de brigade Kevin Lambert, chef de la coalition internationale contre le terrorisme. Ce geste, hautement symbolique, traduisait la volonté de rapprochement entre Washington et Damas.
« Je l’aime bien », a déclaré Donald Trump à l’issue de la rencontre. « Il a un passé brutal, mais sans passé brutal, vous n’avez aucune chance », a-t-il ajouté, saluant le « courage et la transformation » d’Ahmed al-Charaa. Le président américain a également affirmé vouloir « tout faire pour que la Syrie réussisse ».
De la liste noire du FBI à la coalition internationale
Quelques jours avant cette rencontre, les États-Unis avaient annoncé le retrait d’Ahmed al-Charaa de leur liste des personnalités considérées comme terroristes. Une mesure validée par le Conseil de sécurité de l’ONU et présentée par le Département d’État comme un « signal politique fort ».
Jusqu’à récemment, le FBI offrait une récompense de 10 millions de dollars pour toute information menant à son arrestation, en raison de son passé à la tête du Front al-Nosra puis du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTC), branche syrienne d’al-Qaida. Désormais président, il tente de redéfinir le rôle de la Syrie dans la lutte contre le terrorisme.
Dans la foulée de sa visite, Washington a officialisé l’entrée de la Syrie dans la coalition internationale antidjihadiste menée par les États-Unis. « La Syrie deviendra ainsi le 90e membre de la coalition contre Daesh », a confirmé un responsable américain. Damas s’engage à « collaborer pleinement » pour éliminer les derniers foyers du groupe État islamique.
Sanctions suspendues et reprise des relations diplomatiques
Le département d’État a également annoncé une nouvelle suspension de la loi César, adoptée en 2019 pour sanctionner le régime de Bachar al-Assad. Cette pause de 180 jours ouvre la voie à une éventuelle levée définitive des sanctions par le Congrès.
Les États-Unis ont par ailleurs autorisé la réouverture de l’ambassade syrienne à Washington, gelée depuis plus d’une décennie. Selon une source diplomatique, une base militaire américaine devrait être installée près de Damas pour « coordonner l’aide humanitaire et observer les développements entre la Syrie et Israël ».
Une normalisation progressive de la Syrie
Depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2024, après le renversement de Bachar al-Assad, Ahmed al-Charaa cherche à normaliser son pays sur la scène internationale. Il a multiplié les rencontres diplomatiques, y compris avec des responsables israéliens, malgré l’état de guerre officiel entre les deux pays.
« Trump amène Charaa à la Maison-Blanche pour dire qu’il n’est plus un terroriste, mais un dirigeant pragmatique », estime l’analyste américain Nick Heras. « Sous la direction américaine et saoudienne, la Syrie pourrait redevenir un acteur régional stratégique. »
Donald Trump a, de son côté, réaffirmé sur son réseau Truth Social : « Avoir une Syrie stable et prospère est très important pour tous les pays de la région. »
Une page se tourne
Le retrait d’Ahmed al-Charaa de la Specially Designated Global Terrorist list (SDGT) consacre un an de transformation politique rapide à Damas. Selon le Département d’État, cette décision reconnaît les « progrès accomplis » par les nouveaux dirigeants syriens en matière de lutte contre le terrorisme, du trafic de drogue et de respect des droits humains.
Le président syrien s’est engagé à « construire une Syrie nouvelle, ouverte et sûre pour ses voisins », tout en affirmant qu’il ne s’engagerait pas « immédiatement » dans des négociations directes avec Israël.
Avec la fin progressive de son isolement, la Syrie amorce une réintégration politique et économique sur la scène internationale. Pour Donald Trump, c’est aussi la preuve que « même les ennemis d’hier peuvent devenir des partenaires de demain ».