À l’ère du numérique, les rencontres en ligne ont cessé d’être de simples échanges pour devenir de véritables espaces codifiés, où chaque message et chaque profil participent à un jeu complexe de séduction. Avec l’arrivée de ChatGPT et d’autres intelligences artificielles génératives, la donne change : désormais, certains utilisateurs confient à l’IA la rédaction de messages, la formulation de phrases séduisantes, voire la gestion complète de conversations. Ce phénomène, appelé « chatfishing », n’est pas qu’une curiosité technologique : il interroge la spontanéité, l’authenticité et la confiance dans les relations humaines.
Pour de nombreux utilisateurs, l’IA représente un outil précieux. Les plus timides trouvent enfin le courage d’engager la conversation, ceux qui maîtrisent moins la communication écrite peuvent se présenter sous leur meilleur jour, et ceux qui souhaitent multiplier les échanges y trouvent une aide stratégique. Dans un univers où l’attention est rare et la concurrence élevée, l’intelligence artificielle devient un allié pour optimiser la communication.
Mais cette assistance comporte des risques sérieux. Lorsque les messages sont générés par une machine, la personnalité réelle peut se diluer derrière l’image idéale projetée, fragilisant la confiance. L’IA, capable de produire des réponses calibrées émotionnellement, peut influencer subtilement les sentiments, introduisant une dimension de manipulation affective. Plus préoccupant encore, certains exploitent ces outils pour tromper ou escroquer leurs interlocuteurs, créant des profils artificiels particulièrement convaincants.
Le phénomène est global, mais ses formes varient selon les régions. Aux États-Unis et en Europe, des dispositifs de transparence et de régulation commencent à émerger, tandis qu’en Afrique, le phénomène, encore marginal, se développe dans les zones urbaines connectées, où la sensibilisation aux risques et à l’éducation numérique devient essentielle. Ces différences montrent que le chatfishing n’est pas qu’un problème individuel, mais un enjeu sociétal et culturel mondial, qui interroge les normes relationnelles et les régulations numériques.
Au-delà des usages immédiats, ce phénomène illustre une transformation plus profonde : la séduction devient partiellement automatisée, et nos interactions quotidiennes se modifient sous l’effet des algorithmes. La question n’est plus seulement de savoir si l’IA facilite ou complique les rencontres, mais de déterminer comment préserver l’authenticité, la confiance et la spontanéité dans un monde où la communication peut être partiellement déléguée à une machine.
En définitive, l’usage de ChatGPT dans le dating est révélateur des mutations contemporaines de la société : il offre de nouvelles opportunités pour communiquer et rencontrer, mais il impose également des défis éthiques, sociaux et relationnels. La clé réside dans la transparence, l’éducation numérique et la responsabilité collective, afin que l’intelligence artificielle demeure un outil d’assistance et non un substitut à l’intimité réelle. Le chatfishing apparaît ainsi comme un indicateur des transformations profondes des relations humaines à l’ère numérique, où technologie et humanité s’entrelacent et redéfinissent les standards de la séduction.
Celine Dou