Guerre Russie – Ukraine: Ce que contient la contre proposition de l’UE après son rejet du plan de paix états-unien?

Les dirigeants européens ont rejeté le plan de paix en 28 points proposé par les États-Unis pour l’Ukraine, le qualifiant d’« ébauche » nécessitant des modifications avant toute adoption. Selon eux, le projet est loin d’être un règlement définitif et doit intégrer les exigences de Kiev ainsi que celles des pays européens.

Dans une déclaration commune publiée samedi à l’issue d’une semaine diplomatique tendue, les dirigeants européens, dont le chancelier allemand Friedrich Merz, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron, ont souligné que le plan pourrait servir de base à des négociations, mais que des efforts supplémentaires étaient nécessaires pour garantir le respect des principes européens et la sécurité de l’Ukraine.

Points de désaccord majeurs

Les Européens expriment leur inquiétude face à plusieurs éléments du plan états-unien :
• la réduction de l’armée ukrainienne à 600 000 soldats ;
• les concessions territoriales importantes, notamment la cession de la Crimée, du Donbass (Louhansk et Donetsk) ;
• la question des avoirs russes gelés, que Washington propose de débloquer et d’investir dans deux fonds, l’un pour l’Ukraine et l’autre pour la Russie, avec avantage économique pour les États-Unis et participation financière des Européens.

L’Union européenne souhaite, au contraire :
• maintenir la taille de l’armée ukrainienne à 800 000 soldats ;
• protéger la souveraineté et les frontières ukrainiennes ;
• utiliser près de 230 milliards d’euros d’avoirs russes gelés pour la reconstruction et l’indemnisation des dommages causés par le conflit, tant que Moscou n’offre pas de compensation.

Sur le plan militaire, les États-Unis souhaitaient une présence d’avions européens en Pologne pour dissuader la Russie, tandis que l’Europe privilégie le stationnement d’avions de l’OTAN (Américains ou Canadiens), assurant ainsi une implication directe des États-Unis et de leurs alliés.

Pression sur Kiev

En marge du sommet du G20 en Afrique du Sud, des réunions diplomatiques ont été organisées pour éviter que l’Ukraine ne soit contrainte de signer un accord précipité. Selon un diplomate européen, la pression sur Kiev est « énorme ». Un groupe de pays soutenant l’Ukraine, mené par la France et le Royaume-Uni, prépare un contre-projet.

Le président ukrainien Volodimir Zelensky a averti dans une allocution vidéo que l’Ukraine était confrontée à un choix difficile : « perdre sa dignité » ou perdre un allié clé.

Contenu de la contre-proposition européenne

La contre-proposition européenne, également en 28 points, s’inspire du plan états-unien mais y apporte des modifications majeures pour répondre aux préoccupations ukrainiennes et européennes :

  1. La souveraineté de l’Ukraine sera réaffirmée.
  2. Un accord de non-agression total et complet sera conclu entre la Russie, l’Ukraine et l’OTAN.
  3. Non dévoilé par Reuters.
  4. Après la signature, dialogue Russie-OTAN pour traiter les questions de sécurité et assurer la désescalade.
  5. Garanties de sécurité solides pour l’Ukraine.
  6. Taille de l’armée ukrainienne : 800 000 militaires.
  7. L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN dépend du consensus des membres.
  8. Aucune station permanente de troupes de l’OTAN sur le territoire ukrainien.
  9. Avions de chasse de l’OTAN stationnés en Pologne.
  10. Garanties de sécurité similaires à l’article 5 pour les États-Unis avec conditions strictes.
  11. Accès préférentiel à l’Union européenne et éligibilité à l’adhésion.
  12. Reconstruction complète de l’Ukraine via un fonds de développement, infrastructures, énergie, technologies et coopération avec les États-Unis.
  13. Réintégration progressive de la Russie dans l’économie mondiale, allègement des sanctions étape par étape et réintégration dans le G8.
  14. Indemnisation complète de l’Ukraine via les avoirs russes gelés.
  15. Groupe de travail conjoint sur la sécurité avec États-Unis, Ukraine, Russie et Europe.
  16. Engagement légal de la Russie à ne pas agresser l’Ukraine ou l’Europe.
  17. Prolongation des traités de non-prolifération nucléaire.
  18. L’Ukraine restera un État non nucléaire.
  19. Remise en service de la centrale nucléaire de Zaporijia sous supervision de l’AIEA, électricité partagée 50/50.
  20. Adoption des règles européennes sur tolérance religieuse et protection des minorités linguistiques.
  21. Négociations territoriales à partir de la ligne de contact ; l’armée ukrainienne n’est pas obligée de se retirer des territoires en sa possession.
  22. Aucun changement forcé des futurs accords territoriaux.
  23. Libre utilisation du Dniepr et transport sécurisé des céréales par la mer noir.
  24. Comité humanitaire pour prisonniers, otages et victimes, programme de réunification familiale.
  25. Élections organisées dès que possible après l’accord.
  26. Dispositions pour soulager les souffrances des victimes.
  27. Accord juridiquement contraignant, supervisé par un Conseil de paix, sanctions en cas de violation.
  28. Cessez-le-feu immédiat après l’acceptation de toutes les parties, sous supervision des États-Unis.

Différences avec le plan états-unien
• L’armée ukrainienne restera plus importante que ce que demandent les États-Unis.
• Les concessions territoriales imposées par Washington sont limitées : seuls certains échanges le long de la ligne de contact sont prévus, et l’armée ukrainienne conserve les territoires pour lesquels elle a combattu.
• Les élections ukrainiennes ne seront pas forcées dans un délai de 100 jours, contrairement à la demande américaine.
• La reconstruction et l’indemnisation de l’Ukraine s’appuient exclusivement sur les avoirs russes gelés tant que Moscou n’offre pas de compensation, et non sur un fonds mixte avec avantage économique pour les États-Unis.
• Le plan européen insiste sur un cessez-le-feu coordonné et sur la supervision de la mise en œuvre par un cadre multilatéral.

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