Les tensions commerciales entre les États-Unis et l’Union européenne ont repris de l’ampleur après une réunion tenue lundi à Bruxelles. Washington a clairement indiqué qu’une réduction des droits de douane sur l’acier et l’aluminium européens ne serait possible que si l’UE acceptait d’assouplir l’application de ses principales réglementations numériques.
La position américaine : des tarifs abaissés en échange d’une mise en œuvre plus souple des règles numériques
Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, proche allié du président Donald Trump, a affirmé que les États-Unis étaient prêts à réduire les droits de douane imposés à l’UE — mais seulement si Bruxelles réévalue la manière dont elle applique ses règles numériques, notamment la DMA (loi sur les marchés numériques) et la DSA (loi sur les services numériques).
Lutnick a reconnu ne pas demander la suppression de ces réglementations, mais souhaite une approche « plus équilibrée » pour les entreprises technologiques américaines, qu’il estime pénalisées.
Son message est clair :
« Les Européens doivent revoir la manière dont ils mettent en œuvre leurs politiques numériques s’ils veulent bénéficier d’un allègement tarifaire. »
Un contexte commercial tendu malgré un accord conclu cet été
Lutnick et le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, étaient à Bruxelles pour rencontrer les ministres du Commerce de l’UE27 ainsi que le commissaire européen Maroš Šefčovič.
La mise en œuvre de l’accord commercial signé en juillet dominait les discussions.
Cet accord avait vu les États-Unis tripler les droits de douane sur les importations européennes, tandis que l’Union européenne avait accepté de réduire à 0 % les droits sur la majorité des produits industriels américains.
Mais malgré l’accord, les États-Unis maintiennent des droits beaucoup plus élevés — 50 % — sur l’acier et l’aluminium européens. Bruxelles souhaite désespérément un allègement, sous la pression d’une industrie en difficulté.
Bruxelles défend sa législation numérique
Lors d’une rencontre séparée, la commissaire européenne chargée de la technologie, Henna Virkkunen, a rappelé l’importance de la DMA et de la DSA. Ses déclarations laissent entendre que la Commission n’est pas disposée à diluer davantage ces mesures phares.
Šefčovič a également défendu la position européenne :
• Les règles s’appliquent à toutes les entreprises, quelle que soit leur origine.
• L’UE nie toute discrimination envers les géants américains de la tech.
Washington juge les règles européennes « agressives »
Du côté américain, le ton était nettement plus dur.
Jamieson Greer a dénoncé une mise en œuvre « très agressive » des règles numériques en Europe, accusant ces réglementations d’affecter les revenus des entreprises américaines.
Les États-Unis estiment que les grandes entreprises technologiques sont « punies » par Bruxelles, un argument renforcé par plusieurs décisions récentes de l’UE :
• Enquêtes ouvertes contre Amazon et Microsoft dans le cadre de l’accord sur les marchés publics.
• Amende de 2,95 milliards d’euros infligée à Google pour infraction aux règles antitrust.
Conclusion : une confrontation commerciale et technologique qui s’intensifie
Les discussions à Bruxelles montrent que le différend entre l’UE et les États-Unis dépasse le seul cadre douanier. Washington cherche à obtenir un recul européen sur la régulation numérique en échange d’un geste sur les tarifs industriels, tandis que Bruxelles veut préserver l’intégrité de ses règles.
Aucun compromis n’a pour l’instant été trouvé, laissant les relations commerciales transatlantiques dans une impasse fragile.