Le président américain Donald Trump a signé, jeudi 11 décembre, un décret visant à centraliser la régulation de l’intelligence artificielle (IA) au niveau fédéral. L’objectif affiché est double : empêcher les États américains d’adopter leurs propres cadres réglementaires et renforcer la position stratégique des États-Unis face à la Chine dans un secteur jugé crucial pour l’avenir économique et sécuritaire du pays.
Une régulation fédérale pour éviter une fragmentation juridique
Pour Donald Trump, la régulation de l’IA ne doit pas être laissée à l’initiative des cinquante États. « Nous voulons avoir une seule source d’autorisation », a-t-il déclaré depuis le bureau Ovale, défendant une approche largement dérégulée du secteur. Selon lui, une multiplication des normes locales risquerait d’entraver l’innovation et de fragiliser l’avance technologique américaine.
Le décret vise ainsi à « assurer que l’intelligence artificielle puisse opérer dans un seul cadre dans ce pays plutôt que d’être sujette à des régulations au niveau des États qui pourraient paralyser le secteur », a expliqué Will Scharf, secrétaire général de la Maison Blanche. Donald Trump a également souligné l’enjeu géopolitique de cette décision, estimant que « ne pas faire ça serait le plus grand cadeau à la Chine ».
Des lois locales déjà nombreuses
Cette initiative intervient alors que plus de 100 lois liées à l’IA ont déjà été adoptées dans une trentaine d’États, aussi bien démocrates que républicains. Ces textes couvrent des domaines variés : encadrement de l’IA générative, lutte contre les « deepfakes », exigences de transparence sur l’usage des algorithmes ou encore protection des citoyens face aux abus technologiques.
Toutefois, sur le plan juridique, un décret présidentiel ne peut pas annuler des lois votées par les parlements des États ni se substituer à une législation adoptée par le Congrès. Plusieurs propositions de loi fédérales sur l’IA ont été déposées à Washington, mais aucune n’a encore été soumise au vote.
Rupture avec l’approche de l’administration Biden
Dès son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a marqué une rupture nette avec son prédécesseur. Quelques heures après son investiture en janvier 2025, il avait annulé un décret signé par Joe Biden en octobre 2023, qui imposait des obligations de transparence aux entreprises développant des modèles d’IA avancés.
Ce texte prévoyait notamment que les entreprises transmettent au gouvernement fédéral les résultats de tests lorsque leurs programmes présentaient « un risque sérieux en termes de sécurité nationale, de sécurité économique nationale ou de santé publique ». Donald Trump avait dénoncé ces exigences comme un frein à l’innovation et à la compétitivité américaine.
Un accord international pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement
Parallèlement à ce décret, Washington a annoncé la signature d’un accord stratégique avec plusieurs alliés clés : le Japon, la Corée du Sud, Singapour, l’Australie et Israël. Baptisé Pax Silica, ce partenariat vise à sécuriser les chaînes d’approvisionnement nécessaires au développement de l’IA et à réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
« Pax Silica est un nouveau type de regroupement et de partenariat international qui vise à unir les pays qui accueillent les entreprises technologiques les plus avancées au monde afin de libérer le potentiel économique de la nouvelle ère de l’IA », a indiqué le département d’État américain.
D’autres pays, dont les Pays-Bas, le Royaume-Uni, les Émirats arabes unis et le Canada, doivent rejoindre les discussions lors d’un sommet organisé vendredi à Washington. Les détails opérationnels de l’accord restent flous, mais les États-Unis affirment vouloir garantir des chaînes d’approvisionnement sûres et un accès fiable aux infrastructures clés de l’IA.
La Chine au cœur des préoccupations américaines
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de rivalité technologique accrue avec la Chine, qui domine environ 70 % de l’exploitation mondiale des terres rares, essentielles à l’industrie de l’intelligence artificielle. La signature de l’accord intervient toutefois alors que Donald Trump a récemment annoncé son intention d’autoriser l’exportation vers la Chine de puces d’IA avancées produites par Nvidia, une décision qui suscite des interrogations sur la cohérence globale de la stratégie américaine.
Entre dérégulation intérieure et alliances internationales, la politique de Donald Trump sur l’intelligence artificielle entend clairement positionner les États-Unis comme le leader incontesté de ce secteur en pleine expansion, tout en limitant l’influence réglementaire des États et la dépendance vis-à-vis de Pékin.