Chili : qui est Antonio Kast, le nouveau président d’extrême droite ?

Le Chili a basculé nettement à droite. Dimanche, les électeurs ont porté à la présidence José Antonio Kast, figure de l’extrême droite chilienne, avec environ 58 % des suffrages, contre 42 % pour sa rivale Jeannette Jara, candidate d’une large coalition de gauche. À 59 ans, le leader du Parti républicain devient le président chilien le plus à droite depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990.

Une victoire nette après une campagne polarisée

Dans le quartier aisé de Las Condes, à Santiago, des milliers de partisans se sont rassemblés au siège de campagne de José Antonio Kast pour célébrer sa victoire. Pour une partie de l’électorat, ce scrutin marque une rupture avec les années récentes. « Nous étions très fatigués, à l’échelle du pays, par l’usure économique […] La droite nous manquait », a confié à l’AFP Maribel Saavedra, travailleuse sociale de 42 ans, espérant que le nouveau président « renforce le pays par le travail » et « régularise la question migratoire ».

Cette élection intervient dans un contexte de ralentissement économique, de préoccupations croissantes autour de la sécurité et d’un fort rejet du gouvernement de gauche sortant, accusé par ses détracteurs d’inefficacité face à la criminalité et à l’immigration irrégulière.

Une figure idéologique très marquée

Ancien député, catholique pratiquant et père de neuf enfants, Antonio Kast incarne une droite ultraconservatrice assumée. Il s’est fait connaître par ses positions fermes sur les questions sociétales, s’opposant à l’avortement même en cas de viol et au mariage des couples de même sexe. Durant la campagne, il a toutefois cherché à atténuer ses prises de position les plus radicales pour élargir son électorat.

Son discours s’est surtout concentré sur la sécurité et l’immigration, promettant notamment l’expulsion des quelque 340.000 migrants en situation irrégulière dans le pays. Criminalité et immigration figurent aujourd’hui en tête des préoccupations des Chiliens, devant même les questions économiques, bien que plusieurs experts estiment que la perception de l’insécurité dépasse la réalité statistique, le Chili restant l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine.

Une victoire aux résonances symboliques

L’élection de José Antonio Kast a ravivé des fractures profondes dans la société chilienne. Après l’annonce des résultats, certains sympathisants ont scandé le nom d’Augusto Pinochet et brandi des portraits de l’ancien dictateur, que Kast a par le passé défendu. Un geste lourd de sens dans un pays où la dictature militaire (1973-1990) a fait environ 3.200 morts et disparus.

Dès l’annonce de sa victoire, le président élu a également été confronté à des manifestations sur la Plaza Italia, lieu emblématique de la révolte sociale de 2019. La police est intervenue pour disperser les protestataires, illustrant les tensions persistantes au sein du pays.

Soutiens internationaux contrastés

Sur la scène internationale, Antonio Kast a reçu des félicitations rapides de plusieurs figures politiques. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a salué des « priorités communes », évoquant la sécurité publique, la lutte contre l’immigration illégale et le renforcement des relations commerciales. Le président argentin ultralibéral Javier Milei a exprimé sur le réseau X sa « joie immense », voyant dans cette victoire un pas vers une région plus alignée sur « les idées de la liberté ». À l’inverse, le président brésilien de gauche, Lula, a adopté un ton plus institutionnel en lui souhaitant « beaucoup de succès ».

Un tournant conservateur après des années de crise

Pour de nombreux analystes, cette victoire s’inscrit dans un mouvement de fond. L’explosion sociale de 2019, marquée par de fortes violences, suivie de la pandémie, a profondément marqué la société chilienne. « Cela a été très traumatisant et a produit un mouvement vers le conservatisme », analyse la politologue Claudia Heiss.

Antonio Kast prendra ses fonctions en mars. Son arrivée au pouvoir ouvre une nouvelle phase politique au Chili, marquée par un virage sécuritaire et conservateur, mais aussi par de fortes attentes et de profondes inquiétudes quant à l’avenir démocratique et social du pays.

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