Une fusillade survenue dimanche 14 décembre à Bondi Beach, à Sydney, visant une célébration de Hanouka, a fait 15 morts et relancé les tensions diplomatiques entre l’Australie et Israël. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ainsi que plusieurs dirigeants israéliens, ont vivement accusé l’Australie de négligence face à la montée de l’antisémitisme dans le pays.
« L’antisémitisme est un cancer qui se propage lorsque les dirigeants restent silencieux et n’agissent pas », a déclaré Netanyahu dans un discours télévisé. Il a rappelé avoir écrit à son homologue australien, Anthony Albanese, il y a trois mois, pour dénoncer la reconnaissance par l’Australie d’un État palestinien, estimant que cette décision « jetait de l’huile sur le feu ». Le président israélien Isaac Herzog et le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar ont également pointé la hausse des actes antijuifs dans le pays, tandis que le ministre suprémaciste Itamar Ben Gvir a estimé que « le sang des victimes est sur les mains du gouvernement australien ».
Une mobilisation australienne contre l’antisémitisme
Le gouvernement australien a réagi en déclarant lundi une journée de deuil national. Sans répondre directement aux accusations israéliennes, le Premier ministre Anthony Albanese a dénoncé « une attaque ciblée contre les Juifs australiens » et réaffirmé son engagement à « éradiquer ce mal » et à « protéger les communautés juives » du pays.
Depuis juillet 2024, le gouvernement australien a mis en place un plan d’action contre l’antisémitisme, comprenant la criminalisation des discours de haine, l’interdiction des saluts nazis, et la nomination d’un médiateur universitaire doté de pouvoirs d’enquête. Ces mesures ont été proposées par Jillian Segal, envoyée spéciale du gouvernement pour lutter contre l’antisémitisme, qui avait alerté sur l’augmentation des violences contre la communauté juive depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023.
« Les Australiens juifs se sentent très en insécurité », avait-elle déclaré, soulignant l’escalade des attaques, dont l’incendie de synagogues et de commerces casher dans le pays. Selon elle, l’antisémitisme s’infiltre dans la société australienne depuis de nombreuses années, mais la fusillade de Bondi Beach constitue une attaque contre l’ensemble de la nation.
Des mesures de sécurité et des sanctions diplomatiques
L’Australie, qui abrite l’une des plus fortes concentrations de survivants de la Shoah après Israël, a connu ces deux dernières années plusieurs attaques ciblant des lieux juifs. En réponse à l’incendie d’un café casher à Bondi et de la synagogue Adass Israel de Melbourne en 2024, le gouvernement australien a expulsé l’ambassadeur iranien et trois autres diplomates en août 2025, après avoir identifié les Gardiens de la Révolution comme commanditaires. Le bras armé de l’État iranien figure désormais sur la liste des entités responsables de terrorisme en Australie.
L’influence du conflit israélo-palestinien
Selon le rapport de juillet 2025 de Jillian Segal, la multiplication d’actes antisémites en Australie est en partie liée au conflit au Moyen-Orient, à la manipulation des récits dans les médias et sur les réseaux sociaux, ainsi qu’à la diffusion d’idéologies extrémistes. Des mythes anciens et des informations erronées auraient refait surface pour justifier la violence et les menaces contre la communauté juive.
Jess Bricker, une jeune Israélienne d’origine australienne, militante du mouvement judéo-arabe Standing Together, a dénoncé l’instrumentalisation par la droite israélienne de la peur et du traumatisme ressentis par la communauté juive. Elle critique également la politique d’Israël, estimant que « peu de mesures concrètes seront prises pour assurer la sécurité des Juifs en Australie et ailleurs ».
La fusillade de Bondi Beach met ainsi en lumière l’exportation des tensions du conflit israélo-palestinien jusqu’en Australie et l’urgente nécessité pour le gouvernement australien de renforcer ses mesures contre l’antisémitisme.