Lentement mais continuellement, le paysage méditerranéen se transforme sous l’effet des forces tectoniques. De récentes observations satellitaires révèlent aujourd’hui un mouvement inattendu de la péninsule ibérique : loin de poursuivre sa rotation passée, elle tourne désormais dans le sens inverse. Une découverte majeure qui apporte un nouvel éclairage sur la dynamique géologique de la région et sur les risques sismiques associés.
Une histoire tectonique méditerranéenne complexe
La région méditerranéenne se situe à l’interface de plusieurs plaques lithosphériques en interaction depuis des dizaines de millions d’années. Le paysage actuel est largement le fruit de l’orogenèse alpine, un processus de formation de chaînes de montagnes entamé il y a environ 90 millions d’années, à la fin du Crétacé.
À cette époque, la mer Méditerranée n’existait pas encore. Elle était remplacée par un petit océan en formation, la Téthys alpine. L’ouverture progressive de l’océan Atlantique Nord a toutefois profondément modifié l’équilibre tectonique. La plaque africaine, au lieu de s’éloigner de la plaque européenne, a commencé à s’en rapprocher. La Téthys alpine a alors disparu dans une zone de subduction, avant que les plaques africaine et européenne n’entrent en collision il y a environ 30 millions d’années, marquant le début de l’élévation des Alpes.
La péninsule ibérique, un bloc en mouvement
À l’ouest de l’Europe, la péninsule ibérique a elle aussi connu une histoire mouvementée. Avant l’ouverture de l’Atlantique, l’actuelle côte ouest de la France était solidaire du bloc ibérique, qui comprend aujourd’hui l’Espagne et le Portugal. L’ouverture du golfe de Gascogne, liée à la propagation d’une dorsale océanique, a entraîné la séparation de ce bloc continental.
La microplaque ibérique nouvellement formée a alors dérivé vers le sud-ouest selon un mouvement de rotation anti-horaire, avant de « glisser » vers l’est sur près de 200 kilomètres pour atteindre sa position actuelle. La poursuite de l’orogenèse alpine a ensuite comprimé ce bloc contre l’Europe, donnant naissance aux Pyrénées.
Si les grandes structures tectoniques sont désormais en place, elles restent actives. « Chaque année, les plaques eurasienne et africaine se rapprochent de 4 à 6 millimètres », souligne Asier Madarieta, chercheur à l’Université du Pays basque. Toutefois, cette évolution est difficile à caractériser, notamment au sud de la péninsule ibérique, où les limites de plaques sont particulièrement complexes.
Une rotation désormais inversée
La limite entre la plaque africaine et la microplaque ibérique se situe au niveau de l’arc de Gibraltar, une zone de déformation encore mal comprise. Pour mieux cerner les mécanismes à l’œuvre, une équipe de chercheurs a analysé les champs de contrainte et de déformation à l’aide de données satellitaires et de paléosismologie.
Leur conclusion est surprenante : la péninsule ibérique est aujourd’hui engagée dans un mouvement de rotation horaire, à l’opposé de son mouvement passé. Cette inversion serait due à la poussée directe de la plaque africaine à l’ouest du détroit de Gibraltar, tandis qu’à l’est, la contrainte est absorbée par la croûte très déformée de l’arc de Gibraltar.
Des implications pour le risque sismique
Ces nouvelles données permettent également de mieux identifier les failles potentiellement actives et d’affiner l’évaluation de l’aléa sismique, notamment dans les Pyrénées. Les résultats de cette étude, publiés dans la revue Gondwana Research, ouvrent ainsi de nouvelles perspectives pour comprendre l’évolution tectonique de l’Europe du Sud-Ouest et mieux anticiper les risques naturels associés.
Loin d’être figée, la péninsule ibérique continue donc de se déplacer, révélant une fois de plus que la surface de la Terre est en perpétuelle transformation.