La Pologne relance la production de mines antipersonnelles,une première depuis la guerre froide

Dans un contexte de tensions géopolitiques accrues à l’est de l’Europe et face à ce qu’elle considère comme une menace sécuritaire croissante de la Russie, la Pologne a décidé de relancer la production de mines antipersonnelles. Une décision inédite depuis la fin de la Guerre froide, qui marque un tournant majeur dans la doctrine de défense du pays.

Une décision assumée par Varsovie

La confirmation est venue du vice-ministre polonais de la Défense, Pawel Zalewski, dans une déclaration à l’agence Reuters. Varsovie prévoit non seulement de produire à nouveau des mines antipersonnelles, mais aussi de les déployer le long de ses 800 kilomètres de frontière orientale, notamment face à la Biélorussie et à l’enclave russe de Kaliningrad. Des livraisons à l’Ukraine sont également envisagées.

« Nous sommes intéressés par de grandes quantités aussi rapidement que possible », a déclaré Pawel Zalewski, précisant que ces armes s’inscrivent dans le cadre du projet du « bouclier oriental », un programme destiné à renforcer la sécurité des frontières orientales de la Pologne.

Retrait de la convention d’Ottawa

Comme la plupart des pays européens frontaliers de la Russie — à l’exception de la Norvège — la Pologne a engagé une procédure de retrait de la convention d’Ottawa, qui interdit l’utilisation, la production et le transfert de mines antipersonnelles. Cette procédure a été lancée en août dernier.

Jusqu’ici, les autorités polonaises évoquaient la possibilité de relancer cette production sans l’avoir officiellement confirmée. Les déclarations récentes du vice-ministre de la Défense constituent la première confirmation explicite d’un retour à la fabrication de ces armements.

Des besoins évalués à plusieurs millions de mines

Le groupe public de défense Belma, déjà fournisseur de différents types de mines pour l’armée polonaise, se prépare à une montée en puissance significative. Son directeur général, Jaroslaw Zakrzewski, a indiqué que la Pologne pourrait disposer de plusieurs millions de mines dans le cadre du « bouclier oriental ».

« Nous nous préparons pour une commande polonaise représentant cinq à six millions de mines de tous types », a-t-il déclaré à Reuters. Même en l’absence de commande officielle à ce stade, Belma affirme être en mesure de produire jusqu’à 1,2 million de mines par an, contre environ 100.000 actuellement.

L’Ukraine, une priorité stratégique

Interrogé sur la possibilité de livraisons à l’Ukraine, Pawel Zalewski a précisé que celles-ci dépendraient avant tout de la capacité de production nationale. « Notre point de départ, ce seront nos propres besoins. Mais pour nous, l’Ukraine est une priorité absolue, parce que la ligne de sécurité européenne et polonaise est sur le front Russie-Ukraine », a-t-il souligné.

Un revirement historique

Selon le groupement d’ONG Landmine and Cluster Munitions Monitor, la Pologne avait informé les Nations unies en 1995 qu’elle avait renoncé à la production de mines antipersonnelles dès le milieu des années 1980 et qu’elle en avait cessé l’exportation. La décision actuelle marque donc une rupture nette avec plusieurs décennies de politique de désarmement dans ce domaine.

Ce choix illustre la profonde recomposition des stratégies de défense en Europe de l’Est, sous l’effet direct de la guerre en Ukraine et de la dégradation durable des relations entre la Russie et les pays membres de l’OTAN.

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