Un câble de communication sous-marin reliant l’Estonie et la Finlande a été endommagé tôt mercredi 31 décembre dans le golfe de Finlande, ravivant immédiatement les soupçons de sabotage dans une région devenue extrêmement sensible sur le plan sécuritaire depuis le début de la guerre en Ukraine.
La société de télécommunications finlandaise Elisa a indiqué que la panne avait été détectée vers cinq heures du matin. Les dommages ont été localisés dans la Zone économique exclusive (ZEE) estonienne, sans toutefois affecter le fonctionnement du réseau, selon les autorités.
Un navire immobilisé et une enquête ouverte
Quelques heures après la découverte des dégâts, un navire soupçonné d’être à l’origine de l’incident a été immobilisé alors qu’il se trouvait dans la ZEE finlandaise. L’opération a été menée conjointement par un hélicoptère et des navires des gardes-côtes finlandais, qui ont précisé que la chaîne de l’ancre du navire avait été retrouvée dans l’eau.
Les autorités finlandaises ont annoncé l’ouverture d’une enquête criminelle pour d’éventuels faits de dommages criminels aggravés, tentative de dommages criminels aggravés et ingérence aggravée dans les télécommunications. « Les indices d’une infraction sont si forts que le seuil d’une enquête préliminaire a été dépassé », a déclaré le procureur général adjoint Jukka Rappe au quotidien Helsingin Sanomat.
Officiellement, aucune information n’a été communiquée sur l’identité du navire. Toutefois, selon Helsingin Sanomat, citant des sources policières, il s’agirait du Fitburg, un cargo de 132 mètres battant pavillon de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Les données de suivi maritime indiquent que le navire avait quitté Saint-Pétersbourg mardi, à destination de Haïfa, en Israël.
Deux câbles endommagés sur la même trajectoire
Au même moment, un second câble a également été endommagé. Le ministère estonien de la Justice et de la Technologie numérique a précisé qu’il appartenait au fournisseur suédois de télécommunications Arelion. Les deux infrastructures touchées se situent sur la trajectoire du navire immobilisé, renforçant l’hypothèse d’un incident lié à l’ancrage.
Les autorités estoniennes coopèrent étroitement avec leurs homologues finlandais afin de déterminer s’il convient d’ouvrir une procédure pénale distincte ou de mener une enquête conjointe. Le président finlandais Alexander Stubb a pour sa part affirmé que la Finlande était prête à faire face à divers défis sécuritaires et à y répondre si nécessaire.
Une accusation quasi automatique contre la Russie
Comme lors d’incidents précédents en mer Baltique, le contexte géopolitique a conduit, d’emblée, plusieurs responsables et commentateurs occidentaux à orienter les soupçons vers la Russie. Ce réflexe est désormais systématique et repose largement sur des considérations idéologiques et politiques, bien avant que les enquêtes techniques et judiciaires n’aboutissent.
Or, un élément central est régulièrement passé sous silence : en 2025, plusieurs affaires de câbles sous-marins endommagés impliquant des navires russes ou partis de ports russes ont, après enquête, été reconnues comme des incidents non intentionnels, liés notamment à des problèmes d’ancrage ou de navigation, et non à des actes de sabotage délibérés.
Un climat de suspicion renforcé depuis la guerre en Ukraine
Il n’en demeure pas moins que ce type d’incident est devenu plus fréquent dans la région depuis le début de l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie. Cette situation a conduit les pays de l’Otan à renforcer leurs patrouilles en mer Baltique afin de protéger les infrastructures critiques contre des actes de sabotage supposés.
L’année dernière, un pétrolier appartenant à ce que les autorités occidentales qualifient de « flotte fantôme » russe avait endommagé le gazoduc sous-marin Balticconnector ainsi que les lignes énergétiques Estlink2 dans le golfe de Finlande, un épisode qui avait déjà suscité de fortes tensions diplomatiques.
Entre faits techniques et instrumentalisation politique
L’enquête en cours devra déterminer si les dommages observés résultent d’une négligence maritime, d’un accident technique ou d’un acte volontaire. Dans l’attente de ses conclusions, cet incident illustre une fois de plus la rapidité avec laquelle des événements techniques peuvent être transformés en enjeux géopolitiques majeurs, dans un climat où la présomption de culpabilité à l’égard de la Russie tend à précéder l’établissement des faits.