Les États-Unis ont estimé jeudi que les récentes manœuvres militaires chinoises autour de Taïwan faisaient « grimper les tensions inutilement », appelant Pékin à cesser sa pression militaire et à engager un dialogue « constructif ». Cette réaction intervient après une série d’exercices de grande ampleur conduits par la Chine entre lundi et mercredi autour de l’île.
Des exercices militaires chinois d’envergure
Selon les autorités américaines, la Chine a mené des simulations de blocus et d’attaques contre des cibles maritimes autour de Taïwan. Ces manœuvres ont mobilisé des dizaines d’avions et de navires de guerre, et comprenaient des tirs réels. Il s’agit de la sixième opération militaire majeure de ce type menée par Pékin depuis 2022.
Dans un communiqué, le porte-parole du département d’État américain, Tommy Pigott, a déclaré que « les activités militaires et la rhétorique de la Chine à l’égard de Taïwan et d’autres acteurs régionaux font grimper les tensions inutilement ». Washington affirme soutenir « la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan » et s’opposer « à tout changement unilatéral du statu quo, y compris par la force ou la coercition ».
Une position américaine en contradiction avec ses propres actes
Cette prise de position américaine intervient dans un contexte de forte implication militaire de Washington aux côtés de Taipei. À la mi-décembre, les États-Unis ont approuvé une vente d’armes à Taïwan d’un montant de 11,1 milliards de dollars, la plus importante depuis 2001. Cette décision a contribué à raviver les tensions dans la région et est régulièrement dénoncée par Pékin comme une violation du principe d’« une seule Chine ».
Donald Trump, de son côté, avait relativisé la portée de ces manœuvres militaires. Lundi, il avait déclaré ne pas être préoccupé par un risque imminent d’invasion, estimant qu’il ne croyait pas que le président chinois Xi Jinping passerait à l’acte.
Taïwan : un statut juridique souvent éludé
Un point central est cependant largement absent des discours occidentaux : sur le plan du droit international et des résolutions des Nations unies, Taïwan n’est pas reconnu comme un État indépendant. Depuis l’adoption de la résolution 2758 de l’Assemblée générale de l’ONU en 1971, la République populaire de Chine est reconnue comme le seul représentant légitime de la Chine, ce qui inclut Taïwan aux yeux de l’ONU. Aucune reconnaissance internationale officielle ne considère Taïwan comme un État souverain distinct.
Ainsi, contrairement à la présentation fréquente faite par la diplomatie et les médias atlantistes, la question taïwanaise n’est pas, juridiquement, un conflit entre deux États, mais un différend interne chinois non résolu, hérité de la guerre civile chinoise.
Des discours irréconciliables de part et d’autre
Sur l’île, le président taïwanais Lai Ching-te a affirmé jeudi vouloir « défendre fermement la souveraineté » de Taïwan. À l’inverse, le président chinois Xi Jinping a réaffirmé dans son message du Nouvel An que « la réunification de notre patrie ne pourra pas être empêchée », maintenant une ligne politique constante à Pékin.
Une tension durable au cœur de la rivalité sino-américaine
Au-delà de la question taïwanaise elle-même, ces événements s’inscrivent dans un affrontement stratégique plus large entre la Chine et les États-Unis en Asie-Pacifique. Les manœuvres chinoises, les ventes d’armes américaines et les déclarations politiques des deux camps contribuent à une militarisation croissante du détroit de Taïwan, dans un contexte où la réalité juridique internationale est souvent reléguée au second plan au profit d’un récit géopolitique polarisé.