Le président vénézuélien déchu Nicolas Maduro doit comparaître lundi 5 janvier devant un tribunal fédéral de New York, où il est poursuivi par la justice américaine pour plusieurs chefs d’accusation liés au trafic de drogue et au narcoterrorisme. Sa comparution initiale est prévue à midi, heure locale (18 h, heure française).
Arrêté samedi soir à l’issue d’une opération américaine présentée par Washington comme une « opération de police », Nicolas Maduro, 63 ans, est détenu depuis au centre de détention métropolitain de Brooklyn. Son épouse, Cilia Flores, 69 ans, a également été capturée et fait face aux mêmes accusations.
De lourdes accusations de narcoterrorisme
Selon un nouvel acte d’accusation publié samedi 3 janvier, Nicolas Maduro, son épouse et quatre autres personnes, dont le ministre vénézuélien de l’Intérieur Diosdado Cabello et l’un des fils de l’ancien président, sont poursuivis pour narcoterrorisme, conspiration en vue d’importer de la cocaïne aux États-Unis et détention d’armes automatiques.
Les autorités américaines accusent le dirigeant déchu et ses proches de s’être alliés avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), considérées comme une organisation terroriste par Washington, ainsi qu’avec plusieurs cartels criminels, afin d’acheminer « des tonnes de cocaïne » vers le territoire américain.
Une intervention américaine contestée
La capture de Nicolas Maduro a suscité de vives réactions sur la scène internationale. Plusieurs pays contestent la légalité de l’intervention américaine, tandis que le Venezuela a demandé la convocation en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, qui doit se réunir lundi.
Depuis plusieurs mois, les États-Unis menaient des frappes contre des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue au large du Venezuela, une campagne qui a précédé l’opération ayant conduit à l’arrestation du dirigeant vénézuélien.
Washington affirme être « aux commandes »
Dimanche, le président américain Donald Trump a affirmé que les États-Unis étaient désormais « aux commandes » du Venezuela. « Ne me demandez pas qui est aux commandes, car je vous donnerai une réponse très controversée », a-t-il déclaré à bord d’Air Force One, avant d’ajouter : « Cela signifie que nous sommes aux commandes. »
Il a également adressé un avertissement à la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, indiquant que celle-ci subirait un sort pire que celui réservé à Nicolas Maduro si elle ne se conformait pas aux exigences américaines.
Premiers signes d’ouverture du pouvoir par intérim
De son côté, Delcy Rodriguez, ancienne vice-présidente de Nicolas Maduro et désormais présidente par intérim, a affiché une volonté d’apaisement. À l’issue de son premier conseil des ministres, elle a appelé les États-Unis à travailler à « un agenda de coopération fondé sur l’égalité souveraine, la non-ingérence et le respect du droit international », tout en évoquant un développement partagé.
Cette prise de position est perçue comme un premier signe d’ouverture envers Washington, alors que Donald Trump ne cache pas son intention de diriger la transition politique et son intérêt pour les vastes ressources pétrolières du pays.
Une opération meurtrière à Caracas
L’opération ayant conduit à la capture de Nicolas Maduro a été particulièrement violente. Le ministre vénézuélien de la Défense, le général Vladimir Padrino Lopez, a reconnu que « la plus grande partie » de l’équipe chargée de la sécurité de l’ancien président avait été tuée.
Le gouvernement cubain, allié de Caracas, a annoncé la mort de 32 membres de ses services de sécurité lors de l’opération et a décrété deux jours de deuil national. Des sources médicales citées par des organisations locales évoquent un bilan officieux d’environ 70 morts et 90 blessés, des chiffres qui n’ont pas été confirmés officiellement.
Une situation encore instable dans la capitale
Dimanche, les rues de Caracas étaient relativement calmes, avec une présence policière moins visible que la veille. Des habitants faisaient la queue devant les magasins d’alimentation, tandis qu’environ 2 000 partisans de Nicolas Maduro se sont rassemblés dans la capitale, certains circulant à moto et brandissant le drapeau national.
Transition politique et enjeux pétroliers
Donald Trump a assuré que les États-Unis n’entendaient plus s’impliquer durablement dans les affaires politiques étrangères, tout en réaffirmant son intérêt pour les immenses réserves pétrolières du Venezuela, les plus importantes au monde. Il a indiqué qu’il autoriserait les compagnies américaines à exploiter le pétrole vénézuélien, actuellement écoulé en grande partie sur le marché noir, notamment vers la Chine.
L’opposant en exil Edmundo Gonzalez Urrutia a estimé que la capture de Nicolas Maduro constituait « une étape importante, mais pas suffisante ». Il a appelé au respect des résultats de l’élection présidentielle de 2024, qu’il affirme avoir remportée, ainsi qu’à la libération de tous les prisonniers politiques afin de garantir une transition démocratique.
De son côté, le sénateur américain Marco Rubio a jugé prématurée l’organisation de nouvelles élections, affirmant que la priorité de Washington restait « la sécurité, le bien-être et la prospérité des États-Unis ».