Les Émirats arabes unis (EAU) ont décidé de durcir leur politique en matière d’études à l’étranger en restreignant l’accès de leurs étudiants au Royaume-Uni, invoquant des préoccupations liées à l’influence supposée des Frères musulmans et aux risques de radicalisation sur certains campus britanniques. Cette mesure marque un nouveau tournant dans les relations éducatives entre Abou Dhabi et Londres, sur fond de divergences politiques et sécuritaires.
Une décision ciblant le financement public des études
Concrètement, les autorités émiraties ont retiré les universités britanniques de la liste des établissements éligibles aux bourses publiques accordées aux étudiants souhaitant poursuivre leur formation à l’étranger. Ces bourses couvrent habituellement l’ensemble des frais, notamment la scolarité, le logement, les déplacements et l’assurance.
Il ne s’agit toutefois pas d’une interdiction formelle d’étudier au Royaume-Uni. Les étudiants issus de familles aisées peuvent toujours s’y rendre, à condition de financer eux-mêmes leurs études, sans soutien de l’État.
La question des Frères musulmans au cœur des inquiétudes
Les Émirats arabes unis justifient cette décision par leur hostilité historique envers les Frères musulmans, classés comme organisation terroriste par Abou Dhabi depuis 2014. Les autorités estiment que certaines universités britanniques offriraient un environnement jugé permissif vis-à-vis de mouvements liés à l’islam politique, créant un risque d’endoctrinement pour les étudiants.
Le Royaume-Uni, de son côté, n’a jamais interdit officiellement les Frères musulmans, une position régulièrement critiquée par les Émirats et d’autres pays du Golfe. Cette divergence de perception explique en partie la méfiance croissante d’Abou Dhabi à l’égard du système universitaire britannique.
Un impact visible sur la mobilité étudiante
Les effets de cette politique commencent déjà à se faire sentir. Le nombre d’étudiants émiratis au Royaume-Uni a fortement diminué ces dernières années. En 2025, seuls 213 visas étudiants ont été délivrés à des ressortissants des EAU, soit une baisse de plus de 50 % par rapport à 2022.
Cette évolution contraste avec la tendance observée auparavant : entre 2017 et 2024, le nombre d’étudiants émiratis au Royaume-Uni avait fortement augmenté, atteignant environ 8 500 inscrits sur les campus britanniques.
Des tensions diplomatiques en toile de fond
Au-delà de la question éducative, cette décision s’inscrit dans un climat de tensions politiques plus large entre les Émirats arabes unis et le Royaume-Uni, notamment sur la gestion des mouvements islamistes et la lutte contre l’extrémisme.
Pour plusieurs observateurs, Abou Dhabi cherche aussi à rediriger ses étudiants vers d’autres destinations jugées plus sûres, ou à renforcer ses propres universités nationales, tout en envoyant un message politique clair à Londres.
Un signal fort pour les relations académiques
Cette restriction pourrait avoir des conséquences durables sur les échanges universitaires et culturels entre les deux pays. Elle illustre également la manière dont les enjeux sécuritaires et idéologiques influencent de plus en plus les politiques de mobilité étudiante à l’échelle internationale.
À terme, la décision des Émirats arabes unis pose la question de l’équilibre entre ouverture académique, souveraineté politique et préoccupations sécuritaires, dans un contexte mondial marqué par la montée des tensions autour de l’islam politique.