Un vaste scandale sanitaire secoue le Sénégal et soulève de sérieuses inquiétudes sur la sécurité des produits d’hygiène commercialisés en Afrique. Une grande entreprise chinoise, devenue en quelques années un acteur majeur du marché africain des couches pour bébés et des protections hygiéniques féminines, est accusée d’avoir mis sur le marché des produits potentiellement dangereux pour la santé.
Une entreprise omniprésente sur le marché africain
L’entreprise mise en cause, Softcare, s’est imposée comme l’un des principaux fournisseurs de couches et de serviettes hygiéniques sur le continent africain. Grâce à des prix très compétitifs et à une forte capacité de production, le groupe a conquis de nombreux marchés, notamment en Afrique de l’Ouest. En 2025, des milliards d’unités de ses produits auraient été écoulées à travers l’Afrique.
Au Sénégal, les produits Softcare sont largement distribués et utilisés, en particulier par les ménages modestes, ce qui renforce l’ampleur des inquiétudes suscitées par les révélations récentes.
Des accusations graves sur la qualité des produits
Selon les autorités sanitaires sénégalaises et plusieurs sources concordantes, Softcare est accusée d’avoir utilisé des matières premières périmées ou non conformes dans la fabrication de couches pour bébés et de protections hygiéniques. Ces produits, destinés à des populations particulièrement vulnérables – nourrissons et femmes – pourraient présenter des risques sanitaires importants, notamment des irritations, des infections ou d’autres complications.
Les soupçons portent sur des pratiques industrielles visant à réduire les coûts de production au détriment des normes sanitaires en vigueur.
Tentative de corruption et rôle d’un lanceur d’alerte
L’affaire a pris une dimension encore plus grave avec les accusations de tentative de corruption. Un inspecteur pharmaceutique sénégalais, à l’origine des premières alertes, affirme avoir subi des pressions et s’être vu proposer des avantages afin de ne pas signaler les irrégularités constatées lors des contrôles.
Cette dénonciation a contribué à accélérer l’intervention des autorités et à mettre en lumière les failles potentielles dans le système de contrôle des produits importés.
Intervention des autorités sénégalaises
Face à l’ampleur de la polémique, l’Agence sénégalaise de réglementation pharmaceutique (ARP) a ordonné le retrait immédiat des couches et serviettes hygiéniques incriminées sur l’ensemble du territoire. Des inspections ont été menées et des échantillons analysés afin d’évaluer les risques réels pour la population.
Parallèlement, des députés sénégalais ont demandé l’ouverture d’une mission d’information parlementaire, chargée de faire la lumière sur les responsabilités, les conditions d’importation et de fabrication des produits, ainsi que sur les éventuelles complicités locales.
Inquiétudes de la société civile et des experts
Des associations de consommateurs, des professionnels de santé et des spécialistes de la santé reproductive ont exprimé leur profonde inquiétude. Ils redoutent que des produits potentiellement nocifs aient circulé pendant plusieurs années sans être détectés, faute de contrôles suffisants.
La société civile réclame notamment :
• un renforcement des mécanismes de contrôle sanitaire,
• une meilleure protection des lanceurs d’alerte,
• des sanctions exemplaires en cas de manquements avérés.
Un enjeu continental
Au-delà du Sénégal, ce scandale soulève une question plus large : celle de la sécurité des produits d’hygiène vendus massivement en Afrique, souvent importés et destinés à des marchés où le pouvoir d’achat est limité. Il met également en lumière les défis auxquels sont confrontées les autorités africaines pour contrôler des multinationales disposant de moyens industriels et financiers considérables.
Cette affaire pourrait ainsi servir de précédent et inciter d’autres pays africains à renforcer leurs dispositifs de surveillance sanitaire afin de mieux protéger les consommateurs.