Plus de 400 combattants kurdes retranchés dans la ville d’Alep, dans le nord de la Syrie, ont été évacués après plusieurs jours d’affrontements avec les forces gouvernementales, selon des responsables locaux et des agences internationales. Cette opération marque la fin des combats intenses dans certains quartiers à majorité kurde de la ville, mais le cessez-le-feu récemment annoncé reste fragile face aux tensions persistantes.
Des évacuations négociées
Les combattants kurdes, membres des Forces démocratiques syriennes (FDS), ont été déplacés vers des zones à majorité kurde dans le nord-est de la Syrie. Parmi eux, 59 étaient blessés, selon des sources officielles. L’opération, négociée avec la médiation d’intervenants internationaux, visait à protéger à la fois les combattants et les civils pris au piège dans les quartiers concernés, notamment Achrafieh et Cheikh Maqsoud.
Arrestations et contrôle des quartiers
Parallèlement à l’évacuation, les forces syriennes ont procédé à l’arrestation d’environ 300 Kurdes, dont il n’est pas encore clair s’ils étaient tous combattants ou incluaient également des civils. Les autorités syriennes ont déclaré avoir repris le contrôle complet des quartiers kurdes d’Alep après plusieurs jours d’affrontements.
Un cessez-le-feu menacé
Le gouvernement syrien a annoncé vendredi un cessez-le-feu dans trois quartiers kurdes d’Alep pour mettre fin aux combats. Cependant, un conseil kurde local a rejeté les appels à évacuer les combattants, ce qui menace la trêve. L’envoyé américain en Syrie, Tom Barrack, a salué l’annonce du cessez-le-feu, mais a souligné que le refus des Kurdes de quitter la ville pourrait saper le calme et relancer les hostilités. Les forces loyalistes syriennes ont également menacé de reprendre les bombardements si la trêve n’était pas respectée.
Témoignages des habitants
Malgré l’évacuation et le cessez-le-feu, la vie quotidienne reste difficile pour les habitants :
• Radwan Hamadi, résident d’Achrafieh, raconte :
« Nous avons passé une nuit très difficile, mais nous voulons simplement que tout cela se termine pacifiquement. Espérons que les choses s’amélioreront après le cessez-le-feu. J’ai rouvert ma boutique, Dieu merci, nous pouvons désormais retourner travailler et gagner notre vie. »
• Ahmed Hajjar, également d’Achrafieh, décrit les difficultés liées aux points de contrôle :
« Le cessez-le-feu est une bonne chose, c’est excellent, Dieu merci. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est qu’ils suppriment ces points de contrôle afin que nous puissions respirer un peu et nous déplacer. J’ai un atelier de couture et je ne peux pas travailler actuellement, les ouvriers ne peuvent pas venir et je ne peux pas expédier mes produits à l’extérieur. Si je veux faire venir des tissus, je reste bloqué au poste de contrôle pendant une heure et demie, voire deux ou trois heures. »
Contexte et enjeux
Les affrontements ont éclaté après l’échec des négociations entre Damas et les forces kurdes concernant l’intégration des FDS dans l’État syrien. Ces combats sont les plus graves dans cette partie du pays depuis plusieurs mois et ont provoqué le déplacement de plus de 140 000 personnes ainsi que la mort d’au moins 21 civils.
Le refus des Kurdes d’évacuer Alep reflète l’impasse politique et menace de faire repartir les hostilités, alors que le gouvernement syrien tente de rétablir son autorité dans les quartiers à majorité kurde.
Perspectives
Même après l’évacuation des combattants kurdes et la reprise du contrôle des quartiers par le gouvernement, les tensions restent vives. L’armée syrienne a déclaré certaines zones militaires fermées à l’est d’Alep, laissant craindre de nouvelles frictions. La question de l’intégration des FDS dans l’État syrien demeure un enjeu politique complexe, révélant les divisions profondes dans le pays post-conflit.
Le retour des civils dans leurs quartiers est progressif, mais la reconstruction de la vie quotidienne sera lente, compte tenu des dégâts matériels et des difficultés liées aux points de contrôle encore en place.