Le premier tour de l’élection présidentielle portugaise, organisé le 18 janvier 2026, a marqué un tournant politique majeur. Aucun candidat n’ayant obtenu la majorité absolue, le scrutin débouchera sur un second tour prévu le 8 février, opposant le socialiste António José Seguro au leader de la droite populiste et anti-immigration André Ventura. Une configuration inédite qui reflète une recomposition profonde du paysage politique portugais.
António José Seguro arrive en tête sans conclure
Candidat du Parti socialiste (PS), António José Seguro s’est hissé en tête du premier tour avec environ 31 % des suffrages. Ancien dirigeant du PS et figure bien connue de la vie institutionnelle, il a mené une campagne axée sur la stabilité politique, la défense des institutions démocratiques et l’ancrage européen du Portugal.
Toutefois, ce score, bien que dominant, n’a pas permis une victoire dès le premier tour, ouvrant la voie à un duel décisif.
André Ventura et Chega : une percée historique
La principale surprise du scrutin provient du score d’André Ventura, leader du parti Chega, qui a obtenu environ 23,5 % des voix, se qualifiant pour le second tour. Il s’agit d’une progression spectaculaire par rapport à la présidentielle de 2021, où Chega n’avait recueilli qu’un peu moins de 12 %.
Porté par un discours anti-immigration, sécuritaire et anti-système, Ventura a su capter une partie de l’électorat en dénonçant la corruption, l’inefficacité des élites politiques et les effets sociaux de l’immigration. Sa qualification confirme l’implantation durable de la droite populiste dans un pays longtemps considéré comme relativement épargné par ce courant politique.
Un second tour aux enjeux élevés
Le second tour du 8 février 2026 opposera deux visions radicalement différentes du Portugal.
D’un côté, António José Seguro incarne la continuité démocratique, le respect des équilibres institutionnels et une ligne pro-européenne classique.
De l’autre, André Ventura promet une rupture politique, avec un durcissement des politiques migratoires et une remise en cause du consensus traditionnel.
Si le président portugais exerce des fonctions essentiellement institutionnelles, il dispose néanmoins de prérogatives importantes, notamment la possibilité de dissoudre le Parlement, d’opposer un veto aux lois ou de jouer un rôle clé en période de crise politique, ce qui confère à cette élection une portée stratégique.
Une fragmentation politique révélatrice
Les résultats du premier tour mettent en évidence une forte fragmentation de l’électorat, avec plusieurs candidats du centre, de la droite modérée et de la société civile se partageant les suffrages restants. Cette dispersion a favorisé l’accès de Chega au second tour et illustre l’érosion de l’influence des partis traditionnels face aux formations protestataires.
Un test démocratique pour le Portugal
La présence d’un candidat de droite anti-immigration à un niveau aussi élevé constitue un test démocratique majeur pour le Portugal. Le second tour permettra de déterminer si cette dynamique se transforme en victoire historique ou si un large rassemblement électoral se forme autour du candidat socialiste pour faire barrage à l’extrême droite.