Le président syrien par intérim Ahmed Al-Charaa a annulé sa visite prévue à Berlin en raison de l’escalade des combats en Syrie. Dans le même temps, il a annoncé un accord de cessez-le-feu avec le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, alors que l’armée syrienne poursuit son offensive dans les zones contrôlées par les Kurdes.
Annulation de la visite allemande
Al-Charaa devait rencontrer le chancelier allemand Friedrich Merz et le président fédéral Frank-Walter Steinmeier, ainsi que des représentants du monde économique, pour discuter de la reconstruction de la Syrie, du retour des réfugiés syriens et de la création d’un conseil économique germano-syrien.
Sa venue avait déjà suscité la controverse en Allemagne en raison de son bilan en matière de droits humains, notamment la répression des minorités kurdes, alaouites et druzes. Avant son vol prévu, les troupes syriennes ont lancé une offensive majeure contre les milices kurdes dans le nord et l’est du pays.
Des manifestations étaient prévues à Berlin, avec 5 000 participants lundi et 10 000 mardi, pour protester contre sa visite. La communauté kurde d’Allemagne a insisté pour maintenir le rassemblement, même après l’annulation de la visite.
Cessez-le-feu et accord en 14 points avec les Kurdes
Dimanche, Al-Charaa a annoncé avoir conclu un accord de cessez-le-feu avec Mazloum Abdi, chef des FDS. Le texte en 14 points prévoit notamment :
• L’intégration des FDS et des forces de sécurité kurdes dans les ministères de la Défense et de l’Intérieur de la Syrie.
• La remise immédiate au gouvernement syrien des provinces sous contrôle kurde, notamment Deir ez-Zor et Raqqa.
• La prise en charge par Damas des prisonniers et des familles de l’État islamique détenus dans des camps kurdes.
• La reconnaissance de la langue kurde comme officielle au sein de l’État syrien.
Al-Charaa a signé l’accord à distance, Mazloum Abdi étant empêché pour raisons météorologiques, et a recommandé un cessez-le-feu complet. L’émissaire américain pour la Syrie, Tom Barrack, a salué l’accord comme un tournant décisif, marquant la coopération entre anciens adversaires.
L’armée syrienne continue son avancée
Malgré l’accord, l’armée syrienne a poursuivi ses opérations dans les zones kurdes :
• Entrée dans la périphérie de Rakka, dernier bastion de l’autorité autonome kurde.
• Reprise du plus grand champ pétrolier du pays, al-Omar, ainsi que celui de al-Tanak dans l’est de Deir ez-Zor.
• Contrôle de la ville de Tabqa et progression vers l’est en direction de Rakka.
Selon l’OSDH, deux civils ont été tués à Raqqa et des affrontements ont eu lieu dans plusieurs quartiers. Les FDS ont commencé à évacuer leurs positions sans résistance majeure, marquant un recul significatif de leur contrôle sur la région.
Le ministre de l’Énergie syrien, Mohammad al-Bachir, a souligné que la reprise des ressources naturelles par l’État syrien ouvre la voie à la reconstruction, au développement agricole, énergétique et commercial.
Contexte historique et tensions internes
Ahmed Al-Charaa, ancien djihadiste et membre du groupe rebelle Hayat Tahrir al-Cham, a été élu président par intérim après la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024. Il s’était auparavant allié à la communauté internationale, notamment les États-Unis et la France, mais son action contre certaines minorités a fait des centaines de morts et semé la panique.
La minorité kurde, estimée à 2 millions de personnes en Syrie, avait profité du chaos de la guerre civile (2004–2024) pour établir une autonomie de facto dans le nord et le nord-est, contrôlant des ressources stratégiques comme le pétrole et le gaz. L’accord d’Al-Charaa marque une fin partielle de cette autonomie, avec la réintégration progressive des Kurdes dans l’État syrien.
Réactions internationales
• CENTCOM (commandement central américain) a demandé à l’armée syrienne de cesser toute offensive dans les zones situées entre Alep et Tabqa.
• Sipan Hamo, chef de l’Unité de protection du peuple (FDS), a appelé à une intervention plus forte de la coalition internationale et des États-Unis.
• Le président français Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité d’un cessez-le-feu permanent et d’un accord sur l’intégration des FDS à l’État syrien pour garantir l’unité et la stabilité du pays.
Vers une Syrie unifiée ?
Avant l’offensive, des négociations entre le gouvernement central et les Kurdes, amorcées en mars 2025, étaient dans l’impasse. Avec cet accord et le retrait progressif des FDS, Al-Charaa cherche à réaffirmer la souveraineté syrienne sur l’ensemble du territoire et à rétablir le contrôle de l’État sur les ressources clés.
Le champ d’al-Omar, longtemps sous contrôle kurde et abritant une base de la coalition internationale antidjihadiste, revient désormais à Damas. L’enjeu est économique mais aussi politique : Al-Charaa entend démontrer que la reconstruction et la réintégration des Kurdes peuvent se faire sous l’autorité de l’État syrien.