Les États-Unis ont décidé d’accorder un délai supplémentaire d’un mois à la Serbie et à la Hongrie afin de parvenir à un accord concernant l’avenir de Naftna Industrija Srbije (NIS), la principale compagnie pétrolière serbe, majoritairement détenue par des intérêts russes. Cette prolongation intervient dans un contexte de sanctions occidentales renforcées contre la Russie, liées à la guerre en Ukraine, et vise à éviter une crise énergétique régionale.
Une entreprise stratégique au cœur des sanctions
NIS joue un rôle central dans l’économie serbe. Elle exploite notamment la seule raffinerie de pétrole du pays, située à Pančevo, et assure l’essentiel de l’approvisionnement en carburants. Or, l’entreprise est contrôlée à près de 56 % par les groupes russes Gazprom Neft et Gazprom, tous deux visés par les sanctions américaines.
Ces sanctions auraient pu entraîner un arrêt brutal des importations de pétrole, mettant en péril l’approvisionnement énergétique de la Serbie, particulièrement en période hivernale. Pour éviter ce scénario, le Trésor américain, via l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), avait accordé une licence temporaire permettant à NIS de continuer à fonctionner. Celle-ci est désormais prolongée d’un mois supplémentaire, jusqu’à fin février.
Un délai pour trouver une solution politique et économique
Washington souhaite profiter de ce délai pour permettre à Belgrade et Budapest de finaliser un accord sur la restructuration du capital de NIS. L’option privilégiée serait le retrait partiel ou total des actionnaires russes, au profit d’acteurs européens.
Le groupe énergétique hongrois MOL est pressenti pour reprendre une partie significative des parts détenues par Gazprom Neft. La Serbie, qui détient déjà environ 30 % du capital, envisage également d’augmenter sa participation afin de renforcer le contrôle national sur cette entreprise stratégique.
Un tel scénario permettrait à NIS de sortir du champ direct des sanctions américaines, tout en garantissant la continuité de l’approvisionnement énergétique du pays.
Un équilibre délicat pour la Serbie
La situation place la Serbie dans une position diplomatique délicate. Candidate à l’adhésion à l’Union européenne, Belgrade entretient cependant des relations étroites avec Moscou et n’a pas rejoint les sanctions européennes contre la Russie.
Ce dossier met en lumière les contradictions de la politique énergétique et étrangère serbe, coincée entre ses ambitions européennes, sa dépendance énergétique et ses liens historiques avec la Russie.
Un enjeu régional et géopolitique plus large
Au-delà du cas serbe, cette prolongation illustre la complexité de l’application des sanctions occidentales dans des régions encore fortement dépendantes des ressources énergétiques russes. Elle montre également la volonté de Washington d’opter pour une approche pragmatique, cherchant à affaiblir l’influence économique russe sans provoquer de crises énergétiques majeures en Europe du Sud-Est.
Les prochaines semaines seront décisives : si aucun accord n’est trouvé, les États-Unis pourraient durcir leur position, au risque de déstabiliser l’approvisionnement énergétique de la Serbie et, plus largement, de la région.