Après des années de réticences, les Verts allemands opèrent un revirement notable sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Longtemps critiques à l’égard de ce traité controversé, les écologistes se disent désormais favorables à une application provisoire de l’accord, une évolution qui pourrait peser lourd dans le débat européen.
Un accord commercial majeur mais très contesté
L’accord UE-Mercosur, conclu après plus de vingt-cinq ans de négociations entre l’Union européenne et quatre pays sud-américains — le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay — vise à créer l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde. Il prévoit une suppression progressive de nombreux droits de douane et un accès élargi aux marchés de part et d’autre.
Cependant, depuis son annonce, le traité suscite de vives oppositions, notamment en Europe. Les critiques portent principalement sur les conséquences environnementales, la déforestation en Amazonie, ainsi que sur les risques pour les agriculteurs européens, exposés à une concurrence jugée déloyale.
Le revirement des Verts allemands
En Allemagne, les Verts figuraient jusqu’ici parmi les plus fermes opposants à l’accord. Au Parlement européen, leurs élus avaient soutenu une démarche visant à saisir la Cour de justice de l’Union européenne afin d’examiner la compatibilité juridique du traité avec le droit européen.
Désormais, le ton change. Les responsables écologistes allemands se déclarent prêts à soutenir une application provisoire de l’accord, estimant qu’elle permettrait d’éviter un blocage institutionnel prolongé. Cette application partielle concernerait essentiellement le volet commercial, sans attendre la ratification complète par l’ensemble des parlements nationaux.
Qu’est-ce que l’application provisoire ?
L’application provisoire est un mécanisme déjà utilisé par l’Union européenne pour certains accords internationaux. Elle permet de mettre en œuvre une partie du traité — généralement les dispositions relevant de la compétence exclusive de l’UE — avant la fin du processus de ratification.
Dans le cas du Mercosur, cette option est envisagée pour accélérer l’entrée en vigueur de l’accord, alors que les procédures juridiques et politiques pourraient s’étendre sur plusieurs années.
Un débat qui divise profondément l’Union européenne
Le changement de position des Verts allemands intervient dans un contexte de fortes divisions au sein de l’Union européenne. L’Allemagne et l’Espagne font partie des États favorables à une mise en œuvre rapide, mettant en avant les bénéfices économiques et stratégiques de l’accord.
À l’inverse, des pays comme la France continuent de s’y opposer fermement. Paris estime qu’une application provisoire affaiblirait le rôle des parlements nationaux et ne garantirait pas suffisamment le respect des normes environnementales et sanitaires européennes. Les organisations agricoles, de leur côté, multiplient les mobilisations contre le traité.
Un impact politique important
Le soutien des Verts allemands pourrait modifier l’équilibre des forces au Parlement européen et renforcer les partisans d’une application rapide du traité. Toutefois, cette évolution ne signifie pas la fin des oppositions : le débat reste vif et le processus de ratification demeure incertain.
L’accord UE-Mercosur s’impose ainsi comme un test politique majeur pour l’Union européenne, tiraillée entre ambitions commerciales, exigences environnementales et pressions sociales.