Afghanistan : quand le musée de la résistance perd ses visages et son humanité

Le musée consacré à la résistance afghane contre l’invasion soviétique a rouvert ses portes à Herat, mais sa présentation a été profondément modifiée sous la direction des talibans. Ces changements reflètent la volonté du régime de supprimer toute représentation figurative, conformément à son interprétation stricte de la loi islamique.

Des expositions transformées

Inauguré en 2010, le musée de Herat, souvent appelé le musée du Jihad, retraçait l’histoire des moudjahidines ayant combattu l’Union soviétique entre 1979 et 1989. Il présentait des dioramas, des portraits de combattants, des armes et des objets historiques, offrant aux visiteurs un aperçu éducatif et symbolique de la résistance afghane.

Depuis sa réouverture, toutes les figurines représentant des êtres humains ou des animaux ont été dépourvues de visages, et les portraits de moudjahidines ont été retirés. Les dioramas, autrefois vivants et illustratifs, sont désormais neutres, conformément aux directives talibanes interdisant la représentation de figures vivantes.

L’exclusion des femmes

En plus des modifications visuelles, des restrictions d’accès aux femmes ont été imposées. La plupart des visiteuses ne sont plus autorisées à entrer dans le musée, limitant ainsi l’accès de la population à cet espace de mémoire nationale.

Une perte historique et culturelle

Ces transformations ont un impact significatif sur la valeur éducative et historique du musée :
• La dimension humaine de la résistance, auparavant représentée par les dioramas et portraits, a été neutralisée.
• Les figures emblématiques de l’histoire afghane ont disparu, privant les visiteurs de repères symboliques.
• Le musée s’aligne désormais sur les interdictions culturelles talibanes, plutôt que sur une narration historique complète.

Certains anciens moudjahidines considèrent que le musée reste positif dans sa fonction de mémoire, mais soulignent qu’il est désormais « moins personnel et moins humain ».

Un symbole des restrictions culturelles

Le réaménagement du musée s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions culturelles et sociales imposées par les talibans depuis leur retour au pouvoir. Ces mesures concernent notamment l’accès des femmes aux espaces publics et la liberté artistique, et ont déjà été critiquées par les organisations internationales.

En résumé

• Le musée de Herat a rouvert mais avec des figurines et portraits dépourvus de visages.
• Les portraits de moudjahidines ont été retirés, réduisant la dimension humaine et historique des expositions.
• L’accès des femmes est limité, conformément aux directives talibanes.
• Ces transformations illustrent les politiques culturelles strictes du régime et leur impact sur la mémoire historique.

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