Donbass au cœur des négociations : Washington conditionne ses garanties à Kiev

Les garanties de sécurité promises par les États-Unis à l’Ukraine apparaissent désormais conditionnées à la conclusion d’un accord de paix avec la Russie. Une évolution majeure qui place Kiev face à un choix politique et militaire extrêmement délicat, alors que le cœur du conflit reste le Donbass, région stratégique de l’est ukrainien largement occupée par les forces russes.(Source : Geo France ).

Des avancées diplomatiques fragilisées

Dimanche 25 janvier, le président ukrainien Volodymyr Zelensky confirmait des progrès dans les discussions avec Moscou, menées à Abou Dabi, ainsi que la finalisation d’un document américain définissant les garanties de sécurité destinées à l’Ukraine.
Selon le chef de l’État, le texte était « prêt à 100 % » et devait être signé avant d’être soumis à ratification au Congrès américain et au Parlement ukrainien.

Cependant, ce calendrier optimiste semble désormais compromis. D’après des révélations du Financial Times publiées le 27 janvier, ces garanties seraient dorénavant subordonnées à un accord de paix préalable entre Kiev et Moscou.

Le Donbass au cœur des exigences américaines

Selon plusieurs sources proches des négociations, l’accord soutenu par Washington impliquerait un retrait ukrainien du Donbass, territoire disputé depuis 2014, à la suite de la chute du président prorusse Viktor Ianoukovytch.
Alignée sur la position russe, l’administration Trump considérerait cette concession territoriale comme une condition clé pour mettre fin au conflit.

En contrepartie, les États-Unis se disent prêts à renforcer durablement les capacités militaires ukrainiennes, une fois la paix conclue, dans une logique de dissuasion à long terme.

Une amertume croissante à Kiev

Pour les autorités ukrainiennes, qui fondaient de grands espoirs sur ce partenariat stratégique, le changement de cap américain suscite frustration et inquiétude. Initialement, les discussions portaient à la fois sur des garanties de sécurité solides et sur un plan de reconstruction économique pour l’après-guerre.

Mais entre la version initiale et le projet final, Washington aurait retardé sa validation, introduisant progressivement l’exigence d’un compromis préalable avec Moscou.
« Ils s’arrêtent à chaque fois que les garanties de sécurité peuvent être signées », déplore un haut responsable ukrainien, dénonçant un manque de clarté et de constance de la part des partenaires américains.

Washington rejette toute accusation de chantage

La Maison-Blanche réfute toute idée de pression diplomatique. Anna Kelly, porte-parole adjointe de la présidence américaine, assure que les États-Unis n’imposent aucune condition à l’Ukraine.
« C’est totalement faux », a-t-elle déclaré, précisant que le rôle de Washington est uniquement de faciliter un accord entre les deux parties.

Un responsable proche du dossier nuance toutefois cette position : si les garanties de sécurité dépendent bien d’un accord de paix, le contenu de cet accord relèverait exclusivement des décisions russes et ukrainiennes. Une précision jugée insuffisante par Kiev.

Une ligne rouge ukrainienne difficilement négociable

Le différend central reste le Donbass, composé des régions de Donetsk et Louhansk, dont près de 80 % du territoire est actuellement sous contrôle russe.
Pour Volodymyr Zelensky et une large partie de la population ukrainienne, abandonner cette région — pilier stratégique de la défense nationale — constitue une ligne rouge.

Les États-Unis avancent l’idée d’une « zone économique libre », impliquant un retrait militaire. Le président ukrainien pourrait envisager cette option à condition que le territoire reste reconnu comme ukrainien et que les forces russes se retirent à une distance équivalente.

De son côté, le Kremlin maintient une position inflexible, exigeant un retrait total et unilatéral de l’armée ukrainienne du Donbass.

Un équilibre diplomatique fragile

Entre pression internationale, impératifs de sécurité et défense de la souveraineté territoriale, l’Ukraine se retrouve confrontée à une équation complexe. Les garanties de sécurité américaines, longtemps perçues comme un levier décisif, deviennent désormais un outil de négociation aux conséquences potentiellement irréversibles pour l’avenir du pays.

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